LVIII. — * Se retrouve dans le ms. de Bayeux
Croyez de vrai que je n'eusse pas prins
Cent escutz d'or ne aultant de monnoye
Pour desployer une bource de soye ^ !
i6 La mercy Dieu, j'cschappay et m'en vins.
^^ tn regardant vo gracieulx maintien Et voz doulx yeulx qui tant me font de joye, Amours m'ont mys en l'amoureuse voye : 4 Mais c'est si fort que mon cueur n'est plus myen.
a Car quant je pense la vertu et le bien Qui esr en vous^ en quelque lieu que soye Mon cueur et moy du tout je vous octroyé : 8 II est a vous, certes je n'y ay rien. »
« Mon bel amy, du tout je le retien Comme celle qui suys, ou que je soye, Vostre a jamès; car myculx je ne pourroye 12 Avoir choisy : cela congnoys je bien. »
L'autrier par ung asserant M'en alloys esballoyent L'orée d'une vallée.
* Ce vers signifie, si je ne me trompe, qu'il avait si grande hâte que, si on lui avait offert cent écus d'or, il ne les aurait pas pris à cause du temps qu'il aurait dû perdre à déployer une bourse pour les y mettre.
LIX. — * Cette chanson fait aussi partie du recueil de Bayeux.
LX. — ^ Asserant, la soirée; proprement le commencement de la soirée ; part. prés, du verbe asserir, faire soir.
La ou j'cntcndy le chant m De la belle au cueur plaisant 6 A qui j'ay m'amour donnée.
Quand je vy la fleur jolie Qui menait jouycuse vie, Mon cueur fut tout resjouy; Je luy dis par courtoisie :
« Belle, serés vous m'amyc 1 2 Et je seray vostre amy ? »
« Sire, voulés maintenant Que je face mon amant De vous? certes n'oseroye :
Le danger y est sy grant Que par ma foy je me vant * 18 Que diffamée j'en seroye. »
a Tresdoulce fleur de noblesse, Oustés mon cueur de destresse Ou il est par chascun jour, Ou jamès n'auré liesse Si vostre cueur ne s'adresse 24 A m'aymer par bonne amour. »
« Mon tresdoulx loyal amant, Si m'amour desirez tant, Certes je la vous octroyé :
Tout le temps de mon vivant Pourrez dire, je m'en vant :
3o Vrayment ceste cy est moye \ »
* Vant, forme archaïque, déjà remplacée habituellement au quinzième siècle par les formes modernes; cf. xxxiv, 3; lxv, 17. ^ Moj'c, et de même toye, soye. Voy. xix. 12.
— Gi —
^^ Je vous vueil dire ma pensée Et vous compter du tout mon cas; Et Dieu ! que deviendray, helas !
4 Sy mon parler ne vous agrée?
a Plaisante fleur que tant désire, Pour vous je seuffre tel martire Que je ne dors ne jour ne soir. »
a Je vous supply et pry^ beau sire, Qu'il vous plaise donc a moy dire 10 Une part de vostre vouloir. »
« La douleur que j'ay endurée, Je la vous diray, mais tout bas; Pour Dieu, ne m'escondisez pas, 14 Ou jamès mon cueur n'aura joye. »
a Doulx amyj je ne te croys mye Que tu ays de moy telle envye Comme tu diz certainement. »
« Ma doulce seur, je vous affie Que oncques femme qui eust vie 20 Je n'aymé si perfectement. »
a Puisque tu m'as ainsy aimée, Fay de moy cen que tu vouldras; Mais je te pry, quant tu vendras, 24 Vien de nuyt, que nul ne te voye. »
^^ Belle, vostre cueur et le mien Sont d'ung accort et d'ung vouloir J'ay ce que je vouloye avoir; 4 Certes il ne me fault plus rien.
« Vous m'avez fait ung grant honneur : Je m'en doy bien tenir contant ; Car vous m'avez fait le seigneur 8 De se que je desiroyc tant.
« Dame, sy bien toust ne revien^ Il vous plaira me pardonner : C'est tout pour vostre honneur garder : 1 2 Car qui n'a honneur il n'a rien. ■
« Mon amy, ce qu'il vous plaira Me commander je le ferc :
Mon povre cueur vous obéira* i6 Qui qu'en parle, bon gré mal gré.
« Et de cela ne doubtez rien; Mais gardez vous de trop parler :
Noz amours en pourront durer 20 Plus longtemps, vous le savez bien. i>
LXIIP
Ce moys de may par ung doulx asserant J'ouy chanter une jeune pucelle; Par une sente je luy vins au devant 4 En luy disant : « Dieu vous gard, damoiselleî
« DamoisellCj le dieu d'amours vous gard Et vous doint ce que vostre cueur désire I d « Sy face il vous'! dites moi quelle part 8 Voullés aller, je vous en prie, beau sire. »
LXII. — ^Obéira, en trois sryllabes; cette contraction se rencontre assez souvent à Tépoque de nos chansons.
LXIII. — ' Cette chanson, qui nous paraît fort médiocre, a eu un grand succès. On la retrouve dans le ms. de Bayeux, dans le ms. iSgj et dans le recueil d'Alain Lotrian.
* Sy face il row5, c'est-à-dire : « Qu'il [le dieu d'amour] vous garde aussi ! »
« Je viens a vous comme loyal amant Pour vous compter ma raison et querelle : C'est vostre amour dont je suis désirant; 12 One mes femme ne me sembla sy belle. »
a Mon bel amy, pourvoyés vous ailleurs * De vous amer je n'ay jamès espoir. » « Las! si ferezj doulce royne des fleurs, 1 6 Ou aultrement je suis au desespoir. »