CXI. — * On retrouve cette chanson dans le recueil Lotrian
et la première strophe dans le ms. fr. iSpy. - Grant blanc, monnaie d'argent.
— no —
« Hcl mon amy, En dcspit de mon mary Qui ne m'ayme tant ne quant, 32 Je leray pis que davant. »J
Si je pers ma renommée Pour l'amour de mon amy, I^oint n'en doy estre blasméc, Car il est coinctc et joly.
He! mon amy, Je n'ay bon jour ne demy Avec ce mary meschant :
40 Je teray pis que davant.
Ma seuUc dame, sur ma Iby,
Plus ne vivray journée Si vous n'avez pitié de moy :
Ou estes vous allée?
5 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
L'on doit bien aymer loyaument
Quant on a belle amye.
Mais qu'on sceust bien certainement
Que ne luy fust ravye ' :
Je ne le dyz pas tout pour moy :
J'en ay une aultre amée A qui j'ay mon amour donné.
Ou estes vous allée ?
14 Je meurs et mourrav sv ne vous voy.
CXII. — * Il taut remarquer cette construction où k- pron. luy se rapporte à on, l'on, dans lesquels par conséquent on sent encore le sens primitif de t l'homme ». On rencontre quelquefois cette tournure au douzième ou au treizième siècle, mais elle surprend au quinzième.
J'ay chevauché plusieurs pays,
Aussy mainte contrée, Mais point n'en treuve a mon advis
A qui soit comparée : Je l'ayme, non pas elle moy ;
N'esse pas grant tbllye?
Je suys en ung terrible esmoy.
Ou estes vous allée?
23 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
Doulleur et tristesse m'assault^
Aussy mellencolye, Qui me tourmentent si tresfort
Que j'en perdre la vie ; Raison pourquoy ? elle a mon cueur,
M'amour et ma pensée ; Long temps y a^ je vous asseur,
Qu'elle est ma mieulx améc.
32 Je meurs et mourray sy ne vous voy,
Laissez jouer jeunes gens.
Jeunes gens doyvent jouer, Nul ne les en doibt reprendre, Rire, chanter et dancer, Et faire tout ce qu'ilz pensent.
Quant ung homme a soixante ans Et jeune femme le prent, Elle est folle et s'en repend.
9 Laissez jouer jeunes gens.
Nous prirons au doulx Jésus Qu'il leur doint malle meschance, A ces vieillars tout chenus
Qui parlent de nos cnffanccs' :
Plus en dicnt qu'il n*y a ; Mais Dieu les en pugnira Au grant jour du jugement.
17 Laissez jouer jeunes gens.
Par beau semblant j'ay bien este desccu De la belle de qui je me fioye; Aultrc chose pour l'heure m'atendoye 4 Fors scullcment ce qui m'est advenu '.
Je cuidoye bien de dame estre pourveu, En espérant qu'elle fust ma maistresse Et pour gectcr mon cueur hors de tristesse ; 8 Mais je voy bien que j'ay mon temps perdu.
De toy me plains, Fortune, que veulx tu ? Qu'ay je méfiait? dy moy donc pour quoy esse Esse par toy qu'on me fait tel rudesse 1 2 Et qu'on s'ennuye de m'avoyr jamais veu r
Que feray je, de tout bien despourveu Et desvoyé de chemin et d'adresse ? Laisser te fault le plaisir qu'en jeunesse 16 Tu as trop prins : il t'est bien cher vendu.
CXIU. — * De nos enffances, de notre conduite juvénile, de la manière dont nous passons notre jeunesse. Dans les poèmes chevaleresques, les enfances sont les premiers exploits d'un héros.
CXIV. — * Je m'attendais à toute (autre) chose, excepté à celle qui m'est arrivée.
Resjouissons nous*, tous loyaulx amoureux . Chantons ensemble tout d'un vouloir joyeulx A la venue de ce doulx temps d'esté ; Espérons donc ung chacun d'avoir mieulx. Et ne soyons plus melencolieux Puisque nous suymes mis hors d'aversité :
Reculés vous,
Soucy, de nous ;
Arriére ! arriére !
Faisons grant chère 1 1 Sans estre recuillyé * de vous.
J'ay enduré plus de mille douleurs Par le regard seullement de ses yeulx, Qui ja pieça sy ont mon cueur navré : Mais non pourtant malgré les envieulx Je l'aymeray tousjours de myeulx en mieulx En espérant d'estre recompensé.
Reculiez vous,
Soucy, de nous ;
Arriére ! arriére !
Faisons grant chère 2 2 Sans estre recueillie de vous.
Ce mois de may qui est tant gracieulx Relèvera ces povres langoreulx ;
CXV. — * Sur la mesure de ce mot, cf. lxxii, 19; mais voy. -dessous , v. 25.
2 Le mot recuillyé, qui est écrit deux fois à peu près idcnqucmcnt, n'est pas clair. J'y vois la trace d'une conjugaison utivc du verbe cueillir, cueiller, qui se présente ancienneicnt (cependant je doute de rauthcnticité de cueille, 3« pcrs. a sg. de rind., dans le Châtelain de Coucy, cité par Littré), est maintenue dans plusieurs provinces, et s'est fortement iclée, dans le français littéraire, à la conjugaison régulière ,ing. de l'ind. présent, futur, impératif).
Tel jouyra qui banny a esté;
Allors seront vrais amans bien curcux,
Et chanteront tousjours de myculx en myeulx
Ce que devant a esté récite :
Reculiez vous,
Soucy, de nous;
Arriére I arriére !
Faisons grant chère 33 Sans cstre recueillie de vous.
ex VI
Dcssoubz ung genectay* fleury Je trouvay une gaie bergère.
Qui faisoit chappel de fougère 4 En actcndant le sien amy;
Et chantoit ung chant si jolly Avecqucs tant belle manière :
Elle n'cstoit peu ne grant fiére; 8 Oncqucs mais telle je ne vv.
Quant son chant ung peu jeuz ouy, D'elle m'approche, et me fist chère ; Mais bien me deust couster renchère' 12 Ains que de la fusse party.
Carde loing Robin je vous vy Pas a pas venant par derrière Pour me surprendre ; mais la guère 1 6 Plus je n'artay', et m'en iouy.