CXXIX
Ilz sont bien pelez ceulx qui fontlagorre; Ils sont bien pelez et d'argent vuidez.
Ces mignons gorriers, quant vient le dymanche, Hz semblent fourriers' a tout leurs grans manches;
' Barde. Ce mot, d'où dérive barder, signifie la selle de combat qu'on mettait au cheval. Cependant borde^ ^pour bardes?) dans Coquillart, t. I. p. 174, signifierait, d'après M. d'Héricault, « chevaux de somme -■>. Un sens analogue conviendrait bien ici.
' Strophe évidemment ajoutée par un glossateur d'humeur pacifique.
CXXIX. — ^ Cette peinture vive des gorriers, ou gens à la mode, s'applique naturellement à ceux d'entre eux qui voulaient mener grand train sans en avoir les moyens. Ne dirait-on pas que notre chanson a pour auteur un de ces f ouvres varlets dont elle retrace les misères ?
- Fourrier. Je ne saurais dire ce que l'auteur entend au juste ici par fourriers, et pourquoi ils avaient de grandes manches. Les grandes manches sont présentées ailleurs comme l'indice d'un luxe excessif.
Pourpoint descouppez pour aller en danse : 6 C'est pour atrapper tilles a marier.
Ilz portent bonnet par dessus l'oreille, Large en vérité comme une corbeille; S'ilz ont pouvrcté ce n'est pas merveille, 10 Car trop la moictic en font sans pitié.
Portent brodequins, souUiers a oreilles ; Et tous les malins il leurfault deux seilles D'eau pour les laver, pour faire la gorre' : 14 Leurs pouvres varletz en ont mains souffletz.
Quant vient au partir de Tostellerye, Hz n'ont pas ung blanc, et l'ostesse crye : « Payez que devez, que maulgré ma vie ! 18 Ou vous y lerrez chevaulx et coursiers. »
cxxx»
Je m'y levay par ung matin
La fresche matinée Et m'en cntray en ungjardrin 4 Pour cuillir girofHée ;
Et m'en entray en ung jardrin
Pour cuillir girofflée, Et je trouvay le myen amy 8 Qui dormoit sur la prée ;
Et je trouvay le myen amy Qui dormoit sur la prée; Et je luy feis ung oriller 12 D'amours et de pensée;
' Ce vers est bien probablement altéré.
CXXX. — * Comparez avec ce début (qu'on retrouve presque semblable dans le ms. 1597) celui de la ch. civ.
Et je luy fis ung oreiller
D'amours et de pensée, Ft il me print a demander i6 Sy jV'stoye mariée.
Et il me print a demander
Sy j'estoye mariée :
« Ncnny, beau sire, en bonne loy :
20 Amours m'en ont gardée.
« Nenny, beau sire, en bonne foy;
Amours m'en ont gardée :
Il vault bien myeulx avoir amy 24 Qu'cstrc mal mariée.
0 II vault bien myeulx avoir amy
Qu'estre mal mariée; Car on change bien son amy 28 Pour une courroucée ';
« Car on change bien son amy
Pour une courroucée; Mais on ne peult changer mary 32 Jusqu'à la mort finée.
a Mais on ne peult changer mary
Jusqu'à la mort finée; Et encore quant il est mort, 36 On n'est pas acquittée ;
(( Et encore quant il est mort,
On n'est pas acquittée ; Car il en fault porter le dueil 40 Tout du long de l'année ;
c( Car il en fault porterie dueil Tout du long de Tannée,
' Pour une fâcherie.
Le chapperon tout rabatu, 44 La robbc deffourée^ ;
« Le chapperon toutrabatu,
La robbe deffourée. »
Nous en iron jouer au boys 48 Soubz la belle ramée;
Nous en iron jouer au boys
Soubz la belle ramée, Et chanterons ung chant piteux 52 Pour les maumariées \
Helas ! je pers mes amours.
Par ung matin m'y levoye Plus matin que ne souioye, Ung petit devant le jour.
5 Hellas ! je pers mes amours.
En mon verger a une ente*.
Qui fleurist quant luy commande Et n'aporte qu'une flour.
9 Hellas! je pers mes amours.
L'alouette est sur la branche, Qui pleure et qui se tormente Et démène grant doulour.
1 3 Hellas ! je pers mes amours.
Elle dit en son langaige :
« Amours qui vont par messaige *
"^Deffourée, dcpouilléc de fourrures. Le deuil interdisait aux femmes l'usage des fourrures.
* Cf. la note sur la ch. v.
CXXXI. — * Une ente, un jeune arbre destiné à être greffé, ou nouvellement greffé.
* Les amours qui ont recours à l'intermédiaire de messagers; cf. ch. cv.
Ne sont pas sans traison.
1 7 I Icllas ! je pcrs mes amours.
« Amours qui sont bien sciées Sont tousjours les myeulx aymce»
Et par droit et par raison. »
2 I 1 Icllas ! je pers mes amours.
Kt, mon Dieu 1 que cest grant pcjuc Quant deux jeunes genss'entrayment, Las ! pourquoy les départ on r 25 Hellas ! je pcrs mes amours.
Hellas ! j'ay perdu m'amye, Dont je me tiens bien de rire, Et soupire nuyt et jour.
29 Hellas! je pcrs mes amours.
Il n'y a icy celluy
Qui n'ait sa belle amye ; Je ne le dy pas p>our my :
La myenne n'y est mye.
Elle est bien a son plaisir Celle qui a son désir ; Elle est bien a son plaisir, 8 Mais je ne l'ouse dire.
Or doy je bien au jour d'uv Chanter : ha ! qu'il m'ennuye
Veu que porte tant d'ennuy Et de melencolie ;
Dueil, courroux et desplaisir
Sont venuz mon cueur saisir ;
Dueil, courroux et desplaisir 16 Me font souffrir martire.
A la rigueur suis pugiiy
Quant ma joyc est baiinye.
Et me voy du tout banny De toute compaignyc, Quant ma dame a prins loisir D'autre amy que moy choisir, Quant ma dame a prins loysir 24 De tous points m'escondire.
Or n'est il de sens garny
Qui fait telle follye Que pour ouy ou nenny
Au train d'amours se lye :
A l'entrée et au saillir Danger y a d'y faillir, A l'entrée et au saillir 32 Trop de mal on y tire.
Dame n'a cueur anobly
Mais pensée aservie, Mectre celluy en oubly
Qui sy bien l'a servie ' !
Il se peult bien esjouyr Qui d'elle pourra jouir, Il se peult bien esjouir, 40 Mais je ne voy que rire.
Roussignolet mon aniy.
Par amour je te prie,
Ne prens repoux ne demy Mais tousjours chante ei crye.
Tant que puisse parvenir
CIXXXII. — * La construction de ces vers est bizarre, mais le ne crois pas devoir la redresser. Le pocte voulait dire : .( Celle-là n'a pas le cœur noble, mais bien Tàmc ser\ ile, qui met en oubli, etc., » mais il a changé tout à coup la forme de sa phrase.
Au pcjint ou je vucil venir, Tant que puisse pan'cnir 48 A ce i]uc je désire.
J'ay ung mary qui est bon homme :
Il prcnt le pot et va au vin, Kt puis en boit ung bon tatin Tandis que je fais la bcsongne.
5 Le bon homme î
Or plcust a Dieu qu'il fust a Komme Et que je tcusse dans Paris Entre les braz de mon amy, Mais qu'il me feist bien ma besongne.
10 Le bon homme!