‹ Chansons du XVe si¿ecleChapitre 51 sur 104 · CXXV · texte numérisé non relu

CXXV

Et que feront povrcs gendarmes En la Conté' en garnison?

Il leur fauldra rendre les armes, Ou bayart mcngera grison'.

Quitter leur fauit leur garnison, Car ilz n'ont pas ung petit blanc*:

Le roy des Kommains les abuse, 8 C'est la façon des Allemens.

Il y a ung duc en Aultriche, Roy des Rommains se fait nommer ; Mais il n'en est de rien plus riche:

Hz ne le veuUent advouer.

Gendarmes a fait amasser, Mais il n'a pas foison d'argent • ; La fiebvrc puisse ilespouser, i6 Qui le serrera longuement î

Il se fioit en Ludovic * Qui a fait mourir son nepveu ;

CXXV. — * Celte curieuse chanson d'aventuriers c'est le nom des soldats de fortune comme l'auteur de notre pièce) se rapporte évidemment aux guerres de Louis XII contre Maximilicn. La date précise n'est guère possible à donner. Une chanson de Pauvres gens d'armes est citée au 1. V de Pantagruel.

^ La Conté, la Franche-Comté.

* Bayart et Grison sont les noms de deux espèces de chevaux, bai et gris, et en même temps, dans l'ancienne langue, sont d'habitude le nom propre de chaque individu de cette espèce. Le vers signifie : nos chevaux se mangeront l'un l'autre.

* Monnaie d'argent.

2 On sait que ce fut le souci perpétuel de Maximilien que de trouver de l'argent pour payer ses troupes, et qu'il n'y réussit que rarement.

Ludovic Sforza, qu'on accusait, non sans vraisemblance, d'avoir empoisonné son neveu Galéas.

Il a trahy le roy de France'', Mais il n'a pas eu du meilleur :

A la journée de Forneuf Il luy mourut beaucoup de gens ; Et ceux qui ne m'en vouldront croire 24 Demandent aux Venissiens*.

Celluy qui feist la chansonnette, C'estoit ung povre dechassé ; Il a vendu sa maisonnette Pour servir la croix sainct André*; Mais il n'y a gueres gaingné :

Du bon du cueur il s'en repend ; Il veult servir le roy de France, 32 Qui luy en donra largement ^°.

^^ Gentilz gallans de France Qui en la guerre allez.

Je vous prie qu'il vous plaise 4 Mon amy saluer. »

« Comment le saluroye Quant point ne le congnois ? »

« Il est bon a congnoistre :

8 II est de blanc armé;

■^ Maximilien entra, en 1495, dans la ligue contre la France dont les troupes furent défaites à Fornoue (pour adopter la singulière transcription de Fornovo admise dans notre histoire), le 5 juillet de cette année.

' Les Vénitiens étaient du nombre des vaincus à Fornoue.

* La croix saint André, ou croix de Bourgogne, devenue l'emblème de Maximilien pour ses possessions provenant de Charles le Téméraire.

^° Les mœurs des aventuriers, ce fléau des guerres de l'époque, ne peuvent être peintes plus naïvement que dans ces derniers vers.

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« Il porte la croix blanche*.

Les espérons dorez , Et au bout de sa lance I 2 Ung fer d'argent doré. »

« Ne ploré.s plus, la belle, Car il est trcspassé :

Il est mort en Brctaigne, i6 Les Bretons l'ont tue*.

« J'ay veu faire sa fouce L'orce d'ung vert pré.

Et veu chanter sa messe 20 A quatre cordcUiers. »

CXXVIP

Genlilz gallans adventureux Qui en amours plaisir prenez, Monstres vous tousjours gracieux Et saigement vous gouvernez ; S'aucune dame rencontrez Pour voz plaisirs joyeusement, Donnez dedans, ne vous feignez :

8 Autant en emporte le vent.

Sy le jeu luy est amoureulx, Toust d'elle bien aymé serez.

Tant que vous serez vigoreux Et que fournir au jeu pourrez; Vostre jeunesse passerés

CXXVI. — * La croix blanche, dans la guerre livrée par Charles VIII à François de Bretagne (1488}, était le signe distinctif des Français, comme la croix noire celle des Bretons. Voy. le Monologue du Franc Archer de Bagnolet.

' Probablement à la bataille de Saint-Aubin (28 juillet 1488).

CXXVII. — ^ Encore une ballade tronquée (sans envoi; qui n'a nullement le caractère populaire.

A voz plaisirs jouyeusement; Du surplus ne vous souciez :

i6 Autant en emporte le vent.

S'elle est fine, soyez songneux Que de ses fins tours vous gardez, Car souvent les plus rouges gueux' Y sont surprins, bien l'entendez :

S'elle demande, promettez Et vous ventés fort hardiment :

Que vous est il se vous mentez ?

24 Autant en emporte le vent.

CXXVIIP

Il fait bon veoir ces hommes d'armes Quant ilz sont montés et bardés ; Il fait beau veoir luyre ces armes Dessoubz ces estandars dorez.

Et archers de l'autre cousté Pour ruer jus Lombars par terre.

Entre nous, gentilz compaignons, 8 Suyvons la guerre.

* Rouge signifie « rusé, roué ». Voy. les Poésies attribuées Villon, éd. Jannet, p. i85; Phil. de Vigneulles, Mémoires, , i83; Gresban, la Passion, v. 3779 et pass. Notre passage it à peu près identique à la locution citée par Cotgrave : Les lus rouges y sont pris {The craftiest, or cunningest are enapped there). — Gueux. Littré ne donne pas d'exemple de î mot aussi ancien que le nôtre. On voit que le sens priùtif est,non pas « mendiant », mais « compagnon )',ou plutôt, l'on peut le dire, « coquin» dans une acception favorable. Ce lot rappelle dès lors le gayeux employé avec le même sens ans \e jargon de Villon, et s'éloigne ainsi tout à fait de queux, vcc lequel il n'a en réalité aucun rapport (dans l'exemple '01. de la Marche, cité par Littré, gueux est certainement ne faute de copie ou de lecture pour queux).

CXXVIII. — * La mention des Lombards dans cette pièce leine de vie et de couleur, montre qu'elle se rapporte aux uerres d'Italie de Louis Xil, ou plutôt de Charles VIII

Ruez, faulcons, ruez, bonhardcs, Serpentines et gros canons , Et montez sus chevaulx et bardes ', Sonnez, trompettes et clairons; Affin que bon butin gaingnons, Va que puissons bon bruit acqucrre, F.ntrc nous, gentilz compaignons, i6 Suyvons la guerre.

[Gallans qui desirez la guerre, Ce n'est que toute abusion :

Il n'a si grant seigneur sur terre Qui n'en viengnc a perdicion ; Laissez cestc discencion Qui fait mourir mainte personne, Autant le petit que le grant ; 24 La paix est bonne \]

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