‹ Chansons du XVe si¿ecleChapitre 56 sur 104 · CXL · texte numérisé non relu

CXL

Nous n'y porteron plus d'espée, Ne hommes d'armes ne archers :

On nous a rongné noz quartiers; C'est grant pitié 5 Aux gens d'armes perdre soudée.

Noz lances sy sont defferrées^ Noz espées n'ont point de pointe ; Nous pillerons les gens par tout; C'est grant pitié ro Aux gens d'armes perdre soudées.

Nous crirons tous à la voilée :

« Hee ! noble roy, vous avez tort :

Vostre feu père qui est mort 14 Ne feist jamès perdre soudée. »

CXLP

Une petite hacquenée.

Grosse,, carrée comme ung roussin '^ Aussy doulce comme ung poussin, 4 Trouvay l'aultre jour esgarée.

Le maréchal qui l'a terrée L'a encloué d'ung pié ou deux :

CXL. — * Voici encore une chanson d'aventuriers bien caractéristique : dès qu'on les licenciait, ils devenaient brigands (v. 8). La chanson se rapporte nécessairement à Charles VIIL L'éloge que reçoit ici Louis XI paraît d abord singulier, mais il n'était pas avare pour les gens de guerre.

CXLI. — ' On trouve dans les Ane. Poés. franc., t. VIII, p. 335, une pièce qui roule sur le même double sens que celle-ci {Ballade d'une hacquence).

' Le roussin, à cette époque, est un cheval de force.

Je croy quVllc faira picz neufs* 8 S'cllc n'est bien contregardce.

Elle est grisonne pomcllce, Et sy va doulx comme ung haubin * ; Quant on la chevauche au matin, 12 Elle en vault myeulx toute ajournée.

A chevaucher elle est aisée, Et sy va bien mignotcment; Ung peu ouverte par devant, i6 Disent ceulx qui l'ont chevauchée.

En baisant m'amye j'ay cueilly la fleur.

M'amve est tant belle, si bonne façon. 3 En baisant m'amye j'ay cuilly la fleur.

Blanche comme neige, droite comme ung jon ; 5 En baisant m'amye j'ay cuilly la fleur.

la fouce au manton ; j'ai cuilly la fleur.

le tetin bien ront ; j'ai cuilly la fleur.

La bouche vermeille, 7 En baisant m'amye

La cuisse bien faicte, 9 En baisant m'amye

Les gens de la ville 1 1 En baisant m'amye

Mais je vous asseure 1 3 En baisant m'amye

ont dit qu'il l'auront; j'ay cuilly la fleur.

qu'il en mentiront, j'ay cuilly la fleur.

^ L'cquivoquo contenue dans ces vers se comprendra par la double traduction que donne Cotgrave de la locution faire pieds neufs : « A woman to be delivered ; a horse to cast his hoofes. )'

* Petit cheval d'allure très-douce; voy. Littré aux mots aubin et hobin. La forme haubin se retrouve dans Marot, II, 247, où M. d'Héricault traduit à tort par « cotte ».

CXLIIP

Oentil duc de Lorainnc, prince de grant renon, Tu as la renommée jusques delà les mons^ Et toy et tes gens d'armes et tous tescompaignons. Du premier coup qu'il frappe abatit les danjons *; Tirez, tirez, bonbardes, serpentines, canons. «Noussuymesgentilzhommes: prenez nous a rançon.» « Vous mentes par la gorge, vous n'estes que larons, Et violeurs de femmes, et brûleurs de maisons : Vous en aurez la corde par dessoubz le manton, Et sy orrez matines au chant des oysoillons, 1 1 Et sy orrez la messe que les corbins diront'. »

CXLIII. — * Il s'agit dans cette belle chanson de René de Vaudemont, mais je ne sais à quel événement elle se rapporte.

' Ce mot, incompréhensible et altéré, contient peut-être le nom du château pris par le duc de Lorraine.

^ Locutions populaires pour exprimer un même sens : « vous serez pendus. » — Les corbins^ les corbeaux.

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