‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 15 sur 218 · PAUVRE ET RICHE · texte numérisé non relu

PAUVRE ET RICHE

Air : Muse des bois et des accords champêtres. — u.

Moi qui suis pauvre, et toi, ma bien-aimée,

Fille du peuple et pauvre comme moi ,

N'envions pas la route renommée

Où l'enfant perd la pudeur et la foi.

Le luxe vain que l'opulent affiche

Blase son cœur sous l'or et le velours ;

Sous ton regard mon cœur est jeune et riche :

Ange aux doux yeux, rends-moi riche toujours! {bis.

Le monde hait ceux qui touchent au faîte

Où n'atteint pas son vulgaire cerveau :

Il est des jours où la plus haute tête

Tombe plus bas que le commun niveau.

— Fleur , cache-toi ; car la rose superbe

S'effeuille vite au vent des mauvais jours.

Les humbles fleurs s'aiment longtemps sous l'herbe :

Ange aux doux yeux, soyons humbles toujours!

Ah ! loin de moi tous ces bavards sans âme Qui blâment tout d'un ton si rigoureux, Pour obtenir , par un silence infâme , Leur part de l'or qu'on gaspille sans eux ! Car moi, vois-tu, je veux rester le même, Et si je hais de fastueux discours, .l'aime à parler pour te dire : Je t'aime : Ange aux doux yeux, écoute-moi toujours!

Je crois en toi comme à la Providence ; De ces mots-là je ne fais pas un jeu : — On n'a jamais tant parlé de croyance Que dans ce siècle où chacun croit si peu. — Je crois en toi : par ta bouche de femme Mon cœur comprit les célestes amours ; Puisque ta voix vint éclairer mon âme , Ange aux doux yeux, ô parle-moi toujours!

Si Dieu permet que le sort nous rassemble Pour que ma main ne quitte plus ta main. Et que plus tard nous soutenions ensemble Nos pas tremblants dans le même chemin, Le soir aura des reflets de l'aurore : En reparlant de nos premiers beaux jours. Oh! n'est-ce pas, tu souriras encore?... Ange aux doux yeux, rends-moi riche toujours

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