‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 31 sur 218 · JEUNE STATUAIRE · texte numérisé non relu

JEUNE STATUAIRE

(|iti m'a lait lio-.iimig,! (run Imstc de mou père, d'une ressemblance i'rappanlo.

Sois lieureiix de mes pleurs, car je retrouve un frère En toi qui viens ni'off'rir le buste de mon père ,

Dans la tombe endormi.

Ah! tu laimais donc bien!... Ce portrait... Est-ce un rêve? — Ce n'est point là le fruit des efforts d'un élève ,

C'est l'œuvre du cœur d'un ami !

C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe! En un jour l'amitié de toi fît un artiste :

C'est que tu le vis tant de fois Alors qu'il me parlait du temps de la vendange, Et que du sol natal il faisait la louange.

— Il me semble entendre sa voix.

" Antoine , tu verras ma Lorraine chérie !

(Tu sais, — comme il m'aimait il aimait sa patrie.)

V Tu verras tous mes vieux amis :

" Et, tandis que mes yeux se rempliront de larmes, " Ton cœur d'un air plus pui' pourra goûter les charmes V Sous l'azur si doux du pays !

" Tu verras mon pays, tu verras mon village ■■■ Avec son gai clocher dont le coq sans plumage " Tourne sans cesse au gré du vent ;

•• Tu verras rimmble toit témoin de mon enfance : •• Je soupire , ô mon fils , chaque fois que jy pense ; '• Et je soupire bien souvent!

" Tu verras la forêt dont l'ombre tutélaire •' Setend sur les détours du sentier solitaire

•' Qui mène aux vallons les plus ])eaux ; •' Tu verras, au soleil d'une douce nature, " Des vignobles nombreux, attachant pour parure

•■ Leur pourpre aux flancs de nos coteaux.

" Tu verras les moineaux et les grives avides '• Se jeter ardemment sur ces grappes perfides

•' Pour y puiser le jus divin ; « Puis bientôt, aux vapeurs de la liqueur si chère, « Chanceler et tomber sans force sur la terre , •■ Ainsi qu'un homme pris de vin.

" Tu verras le matin le chasseur téméraire « Bannir le sanglier de sa sombre tanière

" Pour le poursuivre tout le jour ; " Et le soir tu verras les loups sur les montagnes •• Bondir en adressant à leurs fauves compagnes

•• D'horribles hurlements d'amour.

M Tu verras le ravin où, dans des jours d'alarmes, « Nos paysans cachés en déchargeant leurs armes

'' Aux Prussiens disaient : Nous voilà ! •' Les Lorrains se cachaient, mais c'était pour combattre. » A l'aspect de ces lieux comme nos cœurs vont battre :

" Enfant , ton grand-père était là !

" Les Lorrains s'armaient tous, dans leur civisme antique, « Contre la royauté heurtant la république ;

•• Et, dans nos vallons, sans dangers.

Les loups auraient poussé leurs attaques fatales : Nos paysans n'avaient de la poudre et des balles •' Que pour chasser les étrangers.

" Et l'endroit où ma mère, exhalant sa souffrance, " Pleura quand je partis pour défendre la France.

" Mais, en partageant ses douleurs, " Mon âme avait pour baume un orgueil légitime : " Le drapeau de la France était grand et sublime.

" C'étaient l'aigle et les trois couleurs !

••> Antoine , tu verras ma Lorraine chérie !

(Tu sais, — comme il m'aimait il aimait sa patrie.)

•' Tu verras tous mes vieux amis !

•' Et, tandis que mes yeux se rempliront de larmes, •' Ton cœur d'un air plus pur pourra goûter les charmes

" Sous l'azur si doux du pays ! •-

— Mais i-a mort lui ravit cette sainte espérance. Mon père ne devait plus saluer la France :

Il est près -de Charle aujourd'hui !

Ce souvenir me pèse et redouble ma peine , Car si je dois un jour aller voir la Lorraine ,

Hélas ! je partirai sans lui.

Mort!... Mais dans ce portrait dont tu me fais hommage. Ton talent à mes yeux a rendu son image ;

Ami, laisse-moi te bénir.

C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe !

— L'avenir appartient à tous les cœurs d'artiste :

Va , tu peux croire en l'avenir !

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