LE SAVOYARD
Air : .-1 la Grâce de Dieu.
Un Savoyard, enfant encore,
Un léger bâton ù la main.
Depuis le lever de l'aurore
Au hasard suit le grand chemin.
Il fait beau , mais la faim le gagne ;
Des pleurs voilent son doux regard :
Il est si loin de sa montagne !
Écoutons l'enfant savoyard :
■' C'est la saison des fleurs, " Dieu séchera mes pleurs !
" Quel beau jour le printemps ramène !
" Un de ces jours où Dieu bénit ;
" Le soleil inonde la plaine ,
" Et les oiseaux refont leur nid.
» Pendant le long hiver qui cesse ,
" J'endurai le froid et la faim ;
■■' Ah ! quelle serait mon ivresse
" Si j'avais un morceau de pain !
" C'est la saison des fleurs, etc.
" Quand je partis de la Savoie,
" Ma mère , hélas ! tout mon bonheur ,
" Me disait : — Suis la bonne voie ;
" Notre richesse, c'est l'honneur.
.. Mon fils, que nai-je en ma misère,
'• Du pain pour mes enfants nombreux ! '• Tu ne quitterais pas ta mère :
•' Ah ! que les riches sont heureux ! •■ C'est hi saison des fleurs, etc.
'• Pénibiemenl mon })ie{l se lève.
•• J'ai tant marché ; marchons encor : - Pour que mon voyage s'achève , •• Il me faut pourtant si peu d'or.
•' Ma bourse est vide. Le pain même •' Manque souvent aux mauvais jours ; " En vain cette mère qui m'aime " Doit-elle m'attendre toujours ?
» C'est la saison des fleurs, » etc.
Mais, ô rencontre fortunée.
Un grand, le voyant presque nu, Le fit riche pour une année , D'un seul jour de son revenu; Il est au pays ; plus de peine :
" 0 mère , dit-il , tu m'attends !
■■^ Sois heureuse, ma bourse est pleine, " Mère , je reviens pour longtemps !
" C'est la saison des fleurs , " Mère , sèche tes pleurs ! "