AUX PORTES DUNE GRANDE VILLE
Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 26.
" J'ai faim ! j ai faim ! Salut , grande cité ! " Amis, famille et toi Flandre chérie, '' Pour subsister, hélas! j'ai tout quitté. " Comme il disait, un gendarme lui crie : — " Allez ailleurs pour mendier ainsi : -' Quand on a faim on n'entre pas ici ! «
(bis.
Ah ! laisse-moi poursuivre mon chemin ; Je viens ici pour mendier sans doute ; Mais j'ai si faim ! Pour tendre ainsi la main , A l'ouvrier sais-tu ce qu'il en coûte ? "
- •' Allez ailleurs , v etc.
Riche cité , loin d'être son appui , Vous repoussez le Flamand sans ouvrage : Dieu, tu le vois, l'homme peut aujourd'hui Manquer de pain sans manquer de courage ? "
- » Allez ailleurs, " etc.
Pour châtier les méchants de nos jours ,
Dieu , de tes mains si la vengeance échappe ,
Que ta justice en suspende le cours ,
Car c'est nous seuls, nous pauvres, qu'elle frappe !
- " Allez ailleurs, « etc.
" Au pauvre il faut si peu pour se nourrir. '' La tombe attend le riche de la terre : " Dieu lui dira, s'il me laisse mourir,
- Comme à Gain : " Qu'as-tu fait de ton frère ? -
— " Allez ailleurs, etc. "
" Tremble ! mon sang bouillonne en ce moment ; " Tremble ! la faim rend fort dans son délire ! " Mais, quai-je dit? il nest quun instrument •' Et c'était lui , lui que j'allais maudire ! » • — " Allez ailleurs, " etc.
" De mes bourreaux sans troubler le bonheur , " De mes tourments que la mort me délivre :
- Vienne la mort ! Pour vivre avec honneur ,
" Il n'est pour moi plus de moyen de vivre ! "
— " Allez ailleurs, " etc.
Non loin de là le corps du malheureux Était glacé quand reparut l'aurore , Et sans pudeur à des frères nombreux , Comme la veille on répétait encore :
" Allez ailleurs pour mendier ainsi :
" Quand on a faim on n'entre pas ici ? "
Mai 1847.