‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 78 sur 218 · CE QUE VEUT L'OUVRIER · texte numérisé non relu

CE QUE VEUT L'OUVRIER

Musique de M. HqrpoJyte Héro. — 49.

Que l'ouvrier, en sa rude sagesse, Montre le Ixit qu'il poursuit aujourd'hui : Qu'on sache bien qu'il maudit la paresse Et ne veut pas ce qui n'est point à lui. Son cœur l'éveille à l'heure de l'ouvrage : Il ne pourrait vivre sans travailler ; Manger le pain qu'il doit à son courage , i ^^ Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. ^

Sans se jeter avec des cris de haine , Comme un fléau sur la société, L'ouvrier pur n'exclame à gorge pleine Que deux mots saints : travail et liberté ! Mais dans ses yeux lorsque la fièvre brille Ou quand l'hiver a fermé l'atelier , Un peu de pain pour nourrir sa lamille, Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Honte à ce siècle ! Il fait encor la guerre. Quand le tambour les appelle en passant, Le fils du pauvre , hélas ! quitte sa mère ; Le fils du riche achète un remplaçant.

Coutume horrible, à jamais sois flétrie : Que riche ou pauvre on doive tous payer L'impôt du sang qu'exige la patrie !

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

'ns.

Si l'artisan veut sortir de sa sphère ,

De vos grands airs , siècle , c'est là le prix :

L enfant rougit du métier de son père ,

Car ce métier n'obtient que vos mépris.

Loin que ce soit l'habit seul qu'on renomme ,

Ou sous la toge, ou sous le tablier,

Dans l'homme enfin qu'on n'estime que l'homme !

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Non, l'ouvrier ne veut pas de l'époque A son profit absorber les pouvoirs ; Enfant de Dieu , lorsque sa voix l'invoque , Comme ses droits il comprend ses devoirs. L'erreur flétrit, la lumière féconde :

A ses regards, hommes, laissez briller La vérité qui sauvera le monde !

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Maints généraux qui n'ont point vu la guerre Maints remplisseurs d'inutiles emplois.

Si grassement payés pour ne rien faire , Devenus vieux ont pensions et croix.

Et dans cet or qu'on gaspille sans cesse Trouver un jour, sans l'aller mendier, Le pain sacré qu'on doit à sa vieillesse , Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Oui , l'ouvrier sait bien que la souffrance Est notre lot à chacun ici-bas ; Que le bonheur est tout dans l'espérance , Qu'à l'homme enfin le pain ne suffît pas. Ah ! de son cœur n'étouffez pas la flamme , Au joug des sens n'allez pas le lier : Jusques à Dieu faites monter son âme ! Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Puissants du jour, de la commune cause

N'écartez pas l'ouvrier en sarrau ;

Qu'il soit par vous compté pour quelque chose

Faites enfin un chiffre d'un zéro !

Ne craignez rien en lui que l'ignorance.

Dans son cœur pur l'honneur est tout entier :

Donnez l'essor à son intelligence :

Voilà , voilà ce que veut l'ouvrier !

Juin 1848.

LIVROGNE.

AïK : E'ii avant , Fanfmi la Tulipe. — 50.

Hier, malgré notre détresse, Jérôme , encor tu rVins gris ; Et des coups de ton ivresse, Vois... mes bras sont tout meurtris.

Tes enfants, en ta pauvre demeure.

Pour leur mèr te suppliaient en vain !

Ils d mandaient du pain,

Du r'vers de ta main

Tu frappais,

Je pleurais

Comm' je pleure !

— Ouvrier, Agis comme

Un brave homme.

Pour crier :

Honneur au tablier !

Loin que ton retour amène • Le bonheur en ce séjour, Le prix de six jours de peine Tu le bois en un seul jour !

Chaque soir tes enfants et ta femme , Comm' si tu n pouvais plus travailler.

S'en vont mendier

L' pain qu' tu sais gagner :

Artisan ,

Conviens-en ,

C'est infâme !

— Ouvrier, etc.

Tes actions sont contraires Aux princip's que tu défends :

Tu dis qu les homm's sont tous frères Et tu frappes tes enfants.

Ton garçon et ta petite fille Devant toi tremblent à mon cc»té :

Par fraternité,

J aim' riiumanité ;

Mais, sans rmord,

J'aim' d'abord

Ma famille.

— Ouvrier, etc.

Tu veux qu' celui qui sait lire , Riche ou pauvr, soit électeur ; Jérôme, il faut donc t'instruire Et surtout former ton cœur.

Au lieu d' boir' , lis avec moi , Jérôme , L'Evangir que je lis si souvent ; Tu diras content :

•' Tout comme un savant , ^ Sans m' flatter, " J' puis voter :

" J' suis un homme ! " — Ouvrier, etc.

Au commenc'ment lV notr' mariage.

Tu n'avais pas c' vice affreux :

Song dans notr' petit ménage Combien nous étions heureux.

Nous avions, pour nous prom'ner Y dimanche C que pour vivr' nous avons mis en plan :

Ton pantalon blanc.

Ta montre d'argent,

Ton castor,

Ma croix d'or,

Ma rob' blanche !

— Ouvrier, etc.

Quéqu Judas, pour mes alarmes, Aura gâté ton cœur dor...

Quoi, Jérùm', tu vers's des larmes :

J' puis donc espérer encor !

Cach' tes pleurs , car nous te ferions grâce ! Est-c possibl' , quoi ! Jérùm' nous r'viendrait ?

On te chérirait,

On t'embrasserait...

Tout est dit :

On t' chérit.

On t'embrasse !

— Ouvrier, etc.

— Enfants, bénissez votr' mère.

J' n'irai plus, comme autrefois, Puiser dans le fond d'un verre L'éloquence de nos droits !

Plus de coups , car plus de liqueurs fortes ! A chaqu' frèr' qu'abrutit la liqueur.

Je crh-ai du cœur :

" Rehauss' par l'honneur ,

" Ouvrier,

" L' tablier

" Que tu portes !

" — Ouvrier ,

•' Agis comme

" Un brave homme,

" Pour crier :

'• Honneur au tablier ! «

Avril 1840.

Page 1