CE QUE VEUT L'OUVRIER
Musique de M. HqrpoJyte Héro. — 49.
Que l'ouvrier, en sa rude sagesse, Montre le Ixit qu'il poursuit aujourd'hui : Qu'on sache bien qu'il maudit la paresse Et ne veut pas ce qui n'est point à lui. Son cœur l'éveille à l'heure de l'ouvrage : Il ne pourrait vivre sans travailler ; Manger le pain qu'il doit à son courage , i ^^ Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier. ^
Sans se jeter avec des cris de haine , Comme un fléau sur la société, L'ouvrier pur n'exclame à gorge pleine Que deux mots saints : travail et liberté ! Mais dans ses yeux lorsque la fièvre brille Ou quand l'hiver a fermé l'atelier , Un peu de pain pour nourrir sa lamille, Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Honte à ce siècle ! Il fait encor la guerre. Quand le tambour les appelle en passant, Le fils du pauvre , hélas ! quitte sa mère ; Le fils du riche achète un remplaçant.
Coutume horrible, à jamais sois flétrie : Que riche ou pauvre on doive tous payer L'impôt du sang qu'exige la patrie !
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
'ns.
Si l'artisan veut sortir de sa sphère ,
De vos grands airs , siècle , c'est là le prix :
L enfant rougit du métier de son père ,
Car ce métier n'obtient que vos mépris.
Loin que ce soit l'habit seul qu'on renomme ,
Ou sous la toge, ou sous le tablier,
Dans l'homme enfin qu'on n'estime que l'homme !
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Non, l'ouvrier ne veut pas de l'époque A son profit absorber les pouvoirs ; Enfant de Dieu , lorsque sa voix l'invoque , Comme ses droits il comprend ses devoirs. L'erreur flétrit, la lumière féconde :
A ses regards, hommes, laissez briller La vérité qui sauvera le monde !
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Maints généraux qui n'ont point vu la guerre Maints remplisseurs d'inutiles emplois.
Si grassement payés pour ne rien faire , Devenus vieux ont pensions et croix.
Et dans cet or qu'on gaspille sans cesse Trouver un jour, sans l'aller mendier, Le pain sacré qu'on doit à sa vieillesse , Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Oui , l'ouvrier sait bien que la souffrance Est notre lot à chacun ici-bas ; Que le bonheur est tout dans l'espérance , Qu'à l'homme enfin le pain ne suffît pas. Ah ! de son cœur n'étouffez pas la flamme , Au joug des sens n'allez pas le lier : Jusques à Dieu faites monter son âme ! Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Puissants du jour, de la commune cause
N'écartez pas l'ouvrier en sarrau ;
Qu'il soit par vous compté pour quelque chose
Faites enfin un chiffre d'un zéro !
Ne craignez rien en lui que l'ignorance.
Dans son cœur pur l'honneur est tout entier :
Donnez l'essor à son intelligence :
Voilà , voilà ce que veut l'ouvrier !
Juin 1848.
LIVROGNE.
AïK : E'ii avant , Fanfmi la Tulipe. — 50.
Hier, malgré notre détresse, Jérôme , encor tu rVins gris ; Et des coups de ton ivresse, Vois... mes bras sont tout meurtris.
Tes enfants, en ta pauvre demeure.
Pour leur mèr te suppliaient en vain !
Ils d mandaient du pain,
Du r'vers de ta main
Tu frappais,
Je pleurais
Comm' je pleure !
— Ouvrier, Agis comme
Un brave homme.
Pour crier :
Honneur au tablier !
Loin que ton retour amène • Le bonheur en ce séjour, Le prix de six jours de peine Tu le bois en un seul jour !
Chaque soir tes enfants et ta femme , Comm' si tu n pouvais plus travailler.
S'en vont mendier
L' pain qu' tu sais gagner :
Artisan ,
Conviens-en ,
C'est infâme !
— Ouvrier, etc.
Tes actions sont contraires Aux princip's que tu défends :
Tu dis qu les homm's sont tous frères Et tu frappes tes enfants.
Ton garçon et ta petite fille Devant toi tremblent à mon cc»té :
Par fraternité,
J aim' riiumanité ;
Mais, sans rmord,
J'aim' d'abord
Ma famille.
— Ouvrier, etc.
Tu veux qu' celui qui sait lire , Riche ou pauvr, soit électeur ; Jérôme, il faut donc t'instruire Et surtout former ton cœur.
Au lieu d' boir' , lis avec moi , Jérôme , L'Evangir que je lis si souvent ; Tu diras content :
•' Tout comme un savant , ^ Sans m' flatter, " J' puis voter :
" J' suis un homme ! " — Ouvrier, etc.
Au commenc'ment lV notr' mariage.
Tu n'avais pas c' vice affreux :
Song dans notr' petit ménage Combien nous étions heureux.
Nous avions, pour nous prom'ner Y dimanche C que pour vivr' nous avons mis en plan :
Ton pantalon blanc.
Ta montre d'argent,
Ton castor,
Ma croix d'or,
Ma rob' blanche !
— Ouvrier, etc.
Quéqu Judas, pour mes alarmes, Aura gâté ton cœur dor...
Quoi, Jérùm', tu vers's des larmes :
J' puis donc espérer encor !
Cach' tes pleurs , car nous te ferions grâce ! Est-c possibl' , quoi ! Jérùm' nous r'viendrait ?
On te chérirait,
On t'embrasserait...
Tout est dit :
On t' chérit.
On t'embrasse !
— Ouvrier, etc.
— Enfants, bénissez votr' mère.
J' n'irai plus, comme autrefois, Puiser dans le fond d'un verre L'éloquence de nos droits !
Plus de coups , car plus de liqueurs fortes ! A chaqu' frèr' qu'abrutit la liqueur.
Je crh-ai du cœur :
" Rehauss' par l'honneur ,
" Ouvrier,
" L' tablier
" Que tu portes !
" — Ouvrier ,
•' Agis comme
" Un brave homme,
" Pour crier :
'• Honneur au tablier ! «
Avril 1840.