‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 83 sur 218 · LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE PAYSAN

Air (VAristippe. — G.

0 paysan à l'allure virile,

Nerveuse main, pas pesant, humble front.

Avec transport au milieu de la ville

Les ouvriers, frère, te chanteront, {bis.)

Ta joue est rouge et notre joue est blême ;

Toi , c'est la force , et nous sommes 1 élan ;

Dieu nous unit, car notre âme est la même.

— Bons ouvriers, chantons le paysan, {bis.)

L'homme esprit fort, hautaine créature.

Dans son orgueil se consume eh ce lieu ; Mais l'homme simple, enfant de la nature, Pénètre loin dans les œuvres de Dieu.

La foi suprême à son âme ingénue Par le ruisseau révèle l'océan :

Il a le don de la seconde vue.

— Bons ouvriers, chantons le paysan.

La cloche sonne au hameau : c'est dimanche. Un beau vieillard semble ouvrir le chemin A deux époux, à la figure franche, Tenant chacun deux enfants par la main. La cloche sonne , et la famille entière Vient en commun, aux pieds du Tout-Puissant, S'agenouiller dans sa sainte prière.

— Bons ouvriers, chantons le paysan.

Un paysan , dont le pauvre ménage

Comptait déjà cinq filles, un garçon,

Un soir d'hiver trouve sur son passage

Un nouveau-né tout près de sa maison.

Prenant l'enfant qui gémit sur la terre

Et dont un crime est le sombre artisan :

" Femme, dit-il, tiens... il n'a pas de mère! "

— Bons ouvriers, chantons le paysan.

Roi de l'Éden , sa première patrie , Autour d'Adam rien ne devait périr. Au souffle impur sa grande âme est flétrie : Comme elle , hélas ! tout semble se flétrir. La terre en vain veut rester inféconde. Tant de sueurs tombent du front d'Adam ! Sublime engrais , tu nourriras le monde :

— Bons ouvriers, chantons le paysan.

Quand sa charrue et ses bœufs dans les herbes

Fouillent le champ qu'il a le droit d'aimer.

Que sont pour lui les rêves des superbes

Si Dieu féconde où ses mains vont semer ?

Mais, en héros, quand la guerre, en furie.

Fond sur le sol ainsi que l'ouragan ,

Il dit soudain : " Le sol , c'est ma patrie ! "

— Bons ouvriers , chantons le paysan.

Quand d'un pays l'arbre immense s'incline Las de porter ses rameaux amaigris, C'est le plus humble , ainsi que la racine , Qui rend la sève à l'arbre du pays.

Loin des cités où l'âme est asservie, Le peuple fort, libre, simple et puissant. De son cœur pur sent déborder la vie.

— Bons ouvriers, chantons le paysan

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