LA PARTICULE
Air : L'autre jour le biau Colas. — .".4.
•■■> Vieux gardien de la maison.
Colas , toi qui m as vu naître , Je vais , en changeant mon nom , Te grandir avec ton maître.
— Changer, dit tout bas Colas,
L' nom d' son père ,
Ça n grandit guère.
Changer, dit tout bas Colas, L' nom d' son pèr", ça n grandit pas.
•- Mon père avait nom Dûment , Cest du Ment que je me nomme :
J'obtiens, par ce changement, Un faux air de gentilhomme,
— Changer, etc.
« J'illustre un nom roturier, Sans craindre le ridicule ; Quand mon voisin l'épicier Tranche de la particule.
— Changer, etc.
■■^ Devant certain malotru (T'avoùrai-je ma faiblesse ?) , Pour faire passer mon du, Je décrirai la noblesse.
— Changer, etc.
— lOC) —
t Dans cette époque en renom, Les hommes, (progrès étrange,) Lorsque tout change de nom, S'imaginent que tout change.
— Changer, etc.
» Quelques-uns me railleront :
Quel jour brillant n'a son ombre ?
Mais les sots m'admireront :
Les sots sont en si grand nombre !
— Changer, etc.
» Peste soit des ignorants Qui blâmeraient mon paraphe ?
Les noms propres, de tout temps.
N'ont jamais eu d'orthographe. ••»
— Changer, etc.
Puis Colas, les yeux en eau :
« Pourquoi singer 1' gentilhomme i L' nom d' vot' pèr m' semblait si beau C'était r nom d'un honnête homme.
Changer, dit le vieux Colas,
L' nom d' son père,
Ça n grandit guère ; Monsieur, dit le vieux Colas, Croyez-moi, ne 1' changez pas. »
Septembre 1848.