LA CHANSON PENDANT KORAGE
Air des Trois Couleurs. — 33.
L'orage éclate!... et la guerre, la guerre Mêle sa voix aux voix de 1 ouragan...
Au bruit des vents, du canon, du tonnerre , Le globe entier semble sur un volcan.
Mais, quel espoir! le plus sombre nuage Cache des cieux que rien ne peut ternir... Chantons , amis , au plus fort de l'orage : Il est un Dieu : [bis) buvons à l'avenir !
C'est aux clartés de la foudre qui gronde Qu'on voit lutter dans notre humanité Deux champions aussi vieux que le monde : Le bien , le mal , l'erreur , la vérité ! Le jour, la nuit se disputent la terre... L'obscurité pourrait-elle venir ?
Non, c'est du ciel qu'arrive la lumière... Il est un Dieu : buvons à l'avenir !
Tout conquérant croit qu'une grande armée Suffit pour mettre un peuple en interdit : Résiste-t-il, la poudre est enflammée, Le boulet passe, il tue... et tout est dit. Tout n'est pas dit!... De sa tombe glacée Quelque penseur se lève pour punir ; Car le boulet n'atteint pas la pensée : Il est un Dieu : buvons à l'avenir !
Chantons au feu des éclairs , de la poudre ; Chantons ensemble et le verre à la main. Si c'est sur nous que doit tomber la foudre : Pour nous du ciel qu elle ouvre le chemin ! Le vin au cœur sait réveiller la flamme Qu'un monde froid s'efforce à contenir.
Un ange alors vient sourire à notre âme : Il est un Dieu : buvons à l'avenir !
Depuis que l'homme, un nain de trois coudées N'a plus pour guide un sentiment pieux , En mille sens un déluge d'idées Roule partout son cours impétueux.
Battu des flots , si le monde en sa marche Un jour encor menaçait de finir , Quelque Noé reconstruirait une arche...
Il est un Dieu : buvons à l'avenir !
LTIÉRITAGE,
COMMENT l'or PEUT FAIRE LE BONHEUR.
Air : Verse, verse bon vin de France. — 33.
Pierre , quand j "étais ouvrier , Que je menais joyeuse vie !
Chacun m appelait, sans envie, Le rossignol de l'atelier.
Aujourd'hui je suis un Crésus ; Dans les Indes j'avais un frère :
Héritier de tous ses écus.
Me voilà sorti de ma sphère ,
•' Sorti de ma sphère !..
Depuis que je vis à rien faire, (,;•.-, 0 Pierre , je ne chante plus. *
Au faubourg quand il faisait bon.
Ma femme et moi, chaque dimanche.
Nous prenions de la bière blanche, Le petit pain et le jambon.
Heureux bras dessous, bras dessus.
Nous fredonnions dans la campagne...
On me sert des mets superflus Et des vins de France et d'Espagne ,
" De France et d'Espagne!...
Depuis que je bois du Champagne, O Pierre, je ne chante plus.
•' Et même devant du pain noir '• Jeanne chantait à gorge pleine !
" Après tout un long jour de peine, " Comme on était heureux le soir !
" Heureux!... je croyais l'être plus " Quand je quittais avec ma femme " Le coin où par l'amour reclus » Nul chagrin ne troublait notre àme
" Ne troublait notre àme !
" Depuis que Jeanne est grande dame , " 0 Pierre, elle ne chante plus.
" Adieu, Pierre : Jeanne m'attend.
" Adieu ! j'attriste ceux que j'aime ! " Ton ami Paul n'est plus le même :
" Tu soupires en l'écoutant...
- Redis les doux airs que j'ai sus :
» Je pars, moi qui te désenchante... " En chemin, les traits abattus, Paul disait d'une voix touchante,
D'une voix touchante :
" Devant moi personne ne chante , » Depuis que je ne chante plus.
Mais Paul voit, au cri d'un huissier,
Au seuil d'une triste demeure
Toute une famille qui pleure :
On va vendre son mobilier !
Et Paul soudain : " Mais mon trésor
» Pour moi peut donc avoir des charmes !,
" Ne vendez pas, voici de l'or :
" Braves gens , ici plus d'alarmes ,
" Ici plus d'alarmes !
" Au revoir, et séchez vos larmes :
" Ah ! vous pourrez chanter encor ! »
Paul rentre, et ses yeux triomphants De Jeanne ont fait rayonner l'àme.
A leurs pieds bientôt une femme S'agenouille avec ses enfants :
" Dieu, fît-elle, entendra nos voix :
" Du pauvre il aime la prière ! " Et Paul dit : " Jeanne, tu le vois, " Le bonheur nous revient, ma chère,
» Nous revient, ma chère !
« En faisant du bien sur la terre " Nous chanterons comme autrefois. «
VlYE LE MÉTIER DE NOS PERES
Air de la belle fermière. — 3g.
Il faut chanter : eh bien , vivat !
Aujourd'hui, puisque c'est dimanche, Portons un toast à notre état.
Un toast à notre amitié franche !
Bêche, lime, aiguille ou ciseau, Truelle, maillet ou marteau.
L'outil d'un père est le plus beau !
Amis , vidons nos verres , Vive le métier de nos pères ! [hh.)
Le travail donne la gaîté, La paix , le sommeil , la sagesse ; Le travail donne la santé.
Et la santé, c'est la richesse.
Le travail qu'il fait de bon cœur De l'homme double la vigueur.
Le travail donne le bonheur.
Amis, vidons nos verres.
Vive le métier de nos pères !
Il est des hommes, des enfants.
Qu'un horrible labeur rassemble Dans des cloaques étouffants ; Pour eux réclamons tous ensemble !
Qu'on leur fasse un destin plus doux.
Plein d'air pur que Dieu fit pour tous ! Heureux, qu'ils disent comme nous Le dimanche, à pleins verres :
Vive le métier de nos pères !
J'entrevois un siècle plus beau, Où, pour honorer son courage, Chacun ôtera son chapeau A l'ouvrier sur son passage.
Travailleur de l'éternité , Dieu réserve à l'humanité Le saint travail pour royauté
Dans des jours plus prospères !
"Vive le métier de nos pères !
Ange de la rébellion.
Nous secourons ta chaîne immonde...
Formons la chaîne d'union :
Que l'amour embrase le monde !
Que, brisant le fer des combats.
Le travail seul ait des soldats.
Et que nos enfants ici-bas
Puissent crier en frères :
Vive le métier de nos pères !
Amis , c'est assez de chansons ; C'est le soir, l'étoile scintille ; Partons, nous qui nous amusons Sans nuire au pain de la famille.
Mais , avant de nous dire adieu , Au travail buvons en ce lieu ; Boire au travail , c'est boire à Dieu !
Amis, vidons nos verres :
Vive le métier de nos pères !