L'AÏEULE
Air : Donnez -vous la peine cV attendre. — 3o.
Du travail de tes jolis bras, Rose , tu nourris ton aïeule , Car Dieu, mon enfant, ici-bas Pour te guider me laissa seule. Arthur vient ici chaque jour :
Il est riche et roule équipage !
Qui donc l'amène en ce séjour?
Rose, il doit te parler d'amour :
Te parle-t-il de mariage ? {bis.)
Comme tu n as que dix-sept ans , Je vais te conter, pour t'instruire.
L'histoire de mon jeune temps :
Rose , à mon âge on peut tout dire :
A seize ans un jeune seigneur M'adressa tendre verbiage ; Mais ma mère, pour mon bonheur.
M'avait si bien parlé d'honneur, Que je parlai de mariage.
Ce mot a fait fuir l'amoureux...
— Je trouvai bientôt sur ma route Un joaillier si généreux.
Rose, qu'il a fait banqueroute :
" D'un amour qui m'a rendu fou, » Dit-il, qu'un joyau soit le gage ! »
— " Monsieur , eussiez-vous le Pérou ,
- Je n'accepterais qu'un bijou :
« C'est un anneau de mariage. ••
Ce mot fit fuir le joaillier :
Mais, tentation sans pareille, La voix et l'or d'un financier Retentissent à mon oreille.
— " '\^oyez, dis-je, vers le saint lieu » Cheminer couple jeune et sage :
•■ Votre or peut résonner... Adieu!
'• J'entends là-bas la voix de Dieu :
'' C'est la cloche du mariage. y>
Puis vint un honnête ouvrier :
Cet ouvrier fut ton grand-père ;
Et Dieu daigna nous envoyer
Une fille qui fut ta mère.
Ta mère... J'y pense toujours :
En toi Dieu me rend son image.
Comme elle, crois en mes discours :
Je voudrais tant dans mes vieux jours
Bénir aussi ton mariage !
2 février 1850.