‹ Chansons épiquesChapitre 1 sur 16 · PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR

28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 his

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IL A ÉTÉ TIRÉ A PART DIX EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE HOLLANDE N.UMÉROTÉS A LA PRESSE

INTRODUCTION

Les récits épiques qui suivent sont tirés des principales Chansons qui composent Tune des parties les plus célèbres de la Geste de Guillaume : leo:CouronnementdeLooysj),le « Charroi de Nismes » , la « Prise d' Orange » , les « Covenans Vivien » et « Aliscans ». Ils racontent, dans leur ensemble, le grand drame, — aujourd'hui familier à un très grand nombre de poètes et d'esprits studieux, — qui se déroula autour de la cité d'Orange prise et reprise sur les Sarrasins ; Guillaume investi par Louis le Débonnaire, la première communion de Fenfant Vivien, le retour de Guillaume après la défaite, ses adieux à sa

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femme Guibour, l'entrée en scène de la petite Aélis à la cour de Laon, etc. .

De grands et célèbres travaux ont mis ces épisodes à la portée des lettrés. Nous n'avons donc pas à y insister, toute autorité nous faisant d'ailleurs défaut pour parler de ce beau sujet.

Nous demanderons seulement de fournir quelques mots de réponse à une question que de son vivant l'on n'eût pas manqué de poser au poète.

Ces récits ne sont pas écrits en alexandrins, mais en vers décasyllabiques à césure mobile. C'est que, de l'avis du poète, celui-ci était le véritable vers épique français, — étant le plus rapide, le plus mouvant, — le vers même du récit. Poésie épique, c'est poésie récitée, poésie dite et cadencée. Il n'est pas besoin, pour justifier cette opinion, de remonter aux origines, et d'expliquer ici ce que tout le monde sait. 11 suffira au lecteur de se laisser aller à la verve narrative de quel-

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ques-uns de ces récits pour justifier sans doute le poète ; et pour admettre avec lui que, malgré d'illustres exemples, le vers alexandrin n'est peut-être pas le seul qui convienne à un récit épique français.

Enfin le mètre employé avait pour Paul Délai r rinappréciable avantage de rappeler de plus près celui des trouvères eux-mêmes ; et cela devait séduire la modestie de l'auteur, dont le but n'était pas de composer à l'aide de ces antiques légendes un grand poème épique, mais simplement d'en tirer quelques nobles et émouvants récils, et de rendre accessibles à quiconque en France aime son pays les beautés sublimes qui se cachent souvent dans les interminables longueurs des vieilles Chansons.

Nous n'avons point à ajouter avec quel amour son grand cœur s'était adonné à cette tâche — si l'on peut employer ce mot pour exprimer ce qui n'était pour lui qu'un admirable repos. — Il devait faire davantage, couper ces récits par des intermèdes de ces rondes et chansons locales

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dont est rempli le trésor littéraire de nos anciennes provinces. D'autres achèveront ce qu'il a commencé avec — ceci n'est pas du domaine de la critique, et il nous sera permis de le dire — avec une modestie charmante et une inébranlable foi.

LE COURONNEMENT DE LOUIS

LE COURONNEMENT DE LOUIS

Or écoutez cette chanson française,

Kl fasse Dieu que l'exemple vous plaise!

Quand Dieu fonda cent royaumes, Thonneur

Fut à la France :^ ainsi fît le Seigneur!

France eut l'honneur, et Dieu ne créa terre

Qui ne lui fût vassale ou tributaire.

Un homme vint, Charlemagne est son nom,

Et l'oriflamme en fut le gonfanon,

Qui lui conquit Lombardie, Allemagne,

Et Saxe, et fut sept ans pleins en Espagne.

Un siècle il tint l'épée ainsi que roi,

Et fit régner la justice et la loi.

* Ce récit est emprunté au « Couronnement de Looys »> (vers 28-218).

CHANSOiNS ÉPIQUES

Quiconque a ceint la couronne de France La doit porter en hautaine assurance, Et si félon quelque part lui fait tort, Qu'il le saisisse, ou pénitent, ou mort; S'il ne le fait, la France en est honnie. C'est un faux roi : la geste le renie.

Charle? en Aix fit bâtir le Moutier,

Et tout un peuple y mit un siècle entier.

Or la Chapelle, en un siècle construite,

Fut pour le Roi trop basse et trop petite ;

Dieu même alors leva le toit, plus beau

Que n'est le ciel en l'or de son manteau,

Et recula les murs ; et dans sa chaise

Le Roi dès lors pouvant tenir à l'aise,

L'Eglise fut dédiée, et le jour

Qu'on la bénit, Charles y tint sa cour.

Le Roi fleuri tint là sa cour plénière,

Et de son temps la sachant la dernière,

Il fit venir ses Comtes et ses Rois,

Et TApostole avec sa sainte Croix,

Et ce qui fut d'abbés en son royaume,

LE COURONNEMENT DE LOUIS li

Et de Barons trente mille, — et Guillaume.

Les pauvres gens y vinrent de tout lieu

Chercher justice ; et Gharle, au nom de Dieu,

La fit à tous, car c'était sa coutume.

Il n'en est plus en nos temps d'amertume,

Et seuls ont droit, quand ils vont aux puissants.

Ceux qui leur font politesse et présents.

Ce jour-là fut jour de longue mémoire !

En sa Chapelle offerte au Dieu de gloire S'assit le Roi magnifique et pensif ; Louis auprès se tint, blanc et chétif, Comme l'enfant qui regarde et s'étonne ; Et sur l'autel on posa la couronne.

Et sous le Roi qui tient la France étaient Les autres rois ; trente évèques chantaient ; Mille encensoirs fumaient, et sous l'étole La messe fut dite par l'Apostole.

Le verset dit et le répons chanté,

Un clerc alors est au lutrin monté :

— « Peuples, oyez ! Barons chrétiens, je parle, Dit-il, au nom de celui-ci, de Ghàrle!

« Votre empereur a consumé son temps.

Il a porté heaume et haubert cent ans, Et sa chair rude en pourrit sous les mailles. Or, fatigué de marche et de batailles, La main lui manque à tenir ce pays :

Il s'en excuse, et le cède à son fils! »

Le clerc se tait ; les peuples applaudissent. Toutes les mains se tendent et bénissent : Au sang de Gharle ainsi gardant leur foi. Un étranger ne sera pas leur roi !

Charles se lève alors : Charles appelle Louis son fils ; en la haute Chapelle Comme autrefois s'étend sa grande voix ; Et tout se courbe encor comme autrefois.

— « Louis, mon fils, c'est ici la couronne. Entends de moi comment je te la donne 1

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