ÉPILOGUE
Afin de rendre à la vôtre au retour
Le pur baiser que j'eus de votre amour I
Or, j'ai tenu parole, et vous l'apporte,
Et je le rends à votre bouche morte ;
Je n'en veux plus toucher d'autre ici-bas ! »
Guillaume prend la dame entre ses bras, Et, doucement, avant qu'on ne la couse En son linceul, la baise comme épouse.
Puis il se lève :
— « Apportez l'eau, je veux, Dit-il, laver ma face et mes cheveux . Et je ferai tomber cette crinière !
Car j'ai livré ma bataille dernière ; Mon âme sent ses péchés l'encombrer.
Et je m'en vais au cloître la pleurer. Apportez l'eau, que j'enlève à ma joue Et sur mes bras le sang noir et la boue ! Et donnez-moi des vêtements nouveaux.
La Fièrebrace a fini ses travaux.
Je veux porter le ciliée et la corde,
Et mériter de Dieu miséricorde.
Neveu Bertrand, vous tiendrez mon honneur,
Et servirez Louis, mon droit seigneur.
Père, adieu donc ! adieu tous ! dit Guillaume.
Adieu l'épée, et la lance, et le heaume,
Et dans les prés les gonfanons flottants !
Je veux pleurer le reste de mon temps,
Car j'en ai trop raison! mon âme est noire,
Et je n'ai pas, Jésus, droit à la gloire
Où sied Guibour dans ton éternité !
Si je ne gagne un dais à son côté,
Veuille du moins qu'en la terre bénie
Mes tristes os aient des siens compagnie ! »
Il pleure ainsi, le redouté Marquis,
En ce palais que lui-même a conquis
Avec Guibour, qui fut son épousée.
Pieds nus ensuite et la tête rasée
Il va chercher cellule en un désert.
Jusqu'au saint jour, trente ans, c'est là qu'il sert;