‹ Chansons épiquesChapitre 15 sur 16 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Et cette nuit, saluant ton retour, A doucement rendu l'âme Guibour. »

Guillaume monte en la salle pavée,

Sur les tréteaux voit la bière levée,

Rangés autour les grands flambeaux luisants

Et les brasiers d'où s'exhale l'encens.

Cent clercs sont là, chantant psaume ou prière.

La noble femme est couchée en sa bière,

La face nue et les doigts blancs levés,

Et Ton croirait qu'elle dit ses avés.

Mais l'ange assis au chevet de la Dame

Est reparti pour le ciel, avec l'âme.

Quand il la voit, l'œil lui tourne, obscurci, Gomme à celui que la mort a saisi :

Il gît pâmé sur les draps funéraires. Lorsqu'en pleurant l'ont relevé ses frères

Il crie à Dieu : « Père d'en haut, merci!

Vous me gardiez le retour que voici!

Mal fut de vous, ma dame et sœur si tendre !

Vous n'avez pu jusques au bout m'attendre

Ou je n'eus pas assez hâte de vous !

Mais j'ai dû tant et tant porter de coups !

Terrible fut la chasse et la curée.

Pardonnez-moi si j'ai fait demeurée! »

Et l'eau du cœur par jets lui sort des yeux.

— a Dieu vous asseye entre les fleurs des cieux!

Vous fûtes sage, et ferme conseillère,

Et mon confort en cette rude guerre !

Je vous conquis à Tibaut, roi puissant,

Et faute d'eau vous baptisai de sang ;

Mon propre sang vous fut l'huile et le chrême.

Et dans ce lieu vous eûtes ce baptême!

Quand j'en partis, je vous fis ce serment

De ne coucher qu'à terre seulement,

D'aller velu comme bête farouche.

Et de garder ma bouche d'autre bouche

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