LE CAPITAINE LOUVET
Le capitaine Louvet était un ancien marin provençal de la République, et doyen (en 1848) de la Lice chansonnière. II fit nombre de chansons joyeuses, qu'il chantait lous les mois dans cette petite académie des flonflons et des bachiques refrains.
Nous citerons les plus connues : les Mystères
bachiques, Je crois en Dieu, le Délire, VEsclavage africain, la Noce du Buveur, le Serment d'Ivrogne et les Plaisirs du célibat.
Sa chanson de la Révolution de Février est intitulée :
LE CITOYEN MAYEUX EN J848 Air : La Grande orgie.
Nous avons chassé les Bourbons, 0 France!
Ta vaillance Donne l'exemple aux nations.
Qu'on craigne le feu des lurons Ronds.
Amis, allons, Rabaissons Des comtes et barons La morgue qui nous blesse.
Les droits pourris Des marquis Sont à jamais proscrits ; Au diable la noblesse !
Nous avons, etc.
Lorsqu'en Juillet
Tout brillait,
A peine commenç^ait
La France de renaître;
On nous dupait,
Quel toupet!
Tout en chassant Capet,
Nous replâtrer un maître.
Nous avons, etc.
Egalité, Liberté, Voilà Fhérédité Qu'il faut à la patrie.
Ils sont rasés.
Les aînés; Pour vous quel pied de nez, Ventrus de la pairie !
Nous avons, etc.
Républicain, Va ton train ; Le peuple souverain Va te suivre à la ronde.
Gai, gai, mes vieux, De Mayeux L'étendard radieux Fera le tour du monde.
Nous avons, etc.
Frères lointains, Vos destins Seront prompts et certains.
Quand maint trône chancelle; Serrez vos rangs, Peuples grands.
Renversez les tyrans.
L'occasion est belle.
Nous avons, etc. .
Juste milieu, Nom de; Dieu !
Vous êtes pris au jeu De vos noires cabales ; Plus d'attentats, Vils Judas,
Décampez chapeau bas Pour saluer nos balles.
Nous avons, etc.
Vingt rois jaloux Avec vous En vain fondraient sur nous.
Tremblez, race assassine, Jievenez, chiens D'Autrichiens, Cosaques et Prussiens, Venez,. qu'on vous échine!
Nous avons, etc.
Jusiju'au tombeau, En faisceau liallions le drapeau, Et s'il faut qu'on se brosse.
Sur leurs canons.
Avançons, Nous les culbuterons, Ua j'y |)erdrai ma bosse ! ! !
Nous avons chassé les Bourbons
0 France!
ïa vaillance Donne l'exemple aux nations, Uu'on craigne le feu des lurons Honds.
AUGUSTE LOYNEL
Auguste Loynel, l'auleurde V Assommoir de Belleville, était un des principaux membres de la goguette désignée sous le nom de : les Amis de la Vigne. Cette société chantante se tenait dans la banlieue de Paris, à Ménilmontant.
Il se rencontrait là avec Colmance, Alexandre Guérin, Auguste Guigne, Alexis Dalès, Auguste Alais, Demanet, Alexandre Taillaud, etc., etc.
Le triomphe du 24 février lui inspira :
A LA POLOGNE Air : Viiu; Paris.
Après trente ans d'un infâme esclavage, Pologne, enfin tu veux briser les fers, Déjà la voix de ton mâle courage A retenti dans tout notre univers.
A ton réveil, plus d'un grand cœur espère Que tes enfants de leurs droits seront forts; Pour toi bientôt va luire un jour prospère; La liberté bénira tes efforts.
Le souvenir d'un passé plein de gloire, Vient aujourd'hui te faire ouvrir les yeux Sur le présent, dont la triste mémoire Accentuera notre siècle oublieux.
Tu veux, pour prix de ce sang qui féconde Les champs glacés où les héros sont morts. Te replacer sur la carte du monde... La liberté bénira tes efforts.
A peine as-tu mis le pied dans l'arène Qu'à tes côtés surgit Ja trahison; De tes soldats on égare la haine, Fais que tes chefs conservent la raison. Si dans tes rangs, quelque frère perfide, Manque au sei"ment, frappe-le sans remords... De Waterloo, que l'exemple te guide!...
La liberté bénira tes efforts.
Nous te semblons bien pauvres de courage. Toi qui, peut-être, espérais nos secours. De tes bourreaux on respecte la rage.
Pour maintenir l'entente des deux cours. Quand tu combats, cloîtrés dans nos murailles, Des intrigants enchaînent nos transports!... En attendant l'heure des représailles, La liberté bénira tes efforts.
Si quelque jour, ton peuple patriote
Te fait sortir du lugubre linceul
Où tu dormais, Pologne, pauvre ilote,
Hélas! l'honneur n'en sera qu'à lui seul.
De l'incendie on craint les étincelles,
Nos chants guerriers suspendent leurs accords...
Mais ne crains rien, si parfois tu chancelles.
La liberté bénira tes eflbrts.
Oh ! comme toi, la Grèce, à l'agonie, Avait osé rêver la liljcrlé!
Pour renverser l'ignoble tyrannie Qui l'opprimait, notre bras fut prêté.
Pologne, à nous, notre vieille alliée, A nous bientôt de réparer nos torts... De tous les C(;'urs tu n'es pas oubliée, La liberté bénira nos efforts!...
Auguste Loynel lança encore quelques chansons
à la même époque : les Hommes de l'avenir, le Peuple français à Louis Napoléon.