LE BATON
Le premier dimanche du mois de septembre, — furent publiées les lois ;
Commandement de tirer le billet (au sort) — dans le canton de Prat a été signifié.
A mesure qu'on approchait de ce jour-là, — les jeunes gens avaient du souci ;
Et ils disaient tous à haute voix : — « Les premiers qui tireront, ce seront les maires;
Alors tireront les notables — et les prêtres citoyens.
Nous ferons le signe de la croix à notre cou, — pour que nous tirions le (bulletin ou numéro) blanc. »
114 CHANSONS ET DANSKS ))i:S BRETONS
Ann deiz da denna p'eo ariet, E kanton Prat a oent asinet.
Hi d'ann iliz da ober ho feden Da drei diwar-n'ho ar blaneden.
Er c'hanton pa 'z int ariet, 011 en eur bagad dasturnet.
Ar c'homisaer en deuz gouleunet :
— Hag ari a zo parez ebed?
— la, evad, eme Tonkediz ; Ni 'zo aman, ha Kavaniz.
— C'hoant braz ern euz ha bolonte M'en em renkfac'h aze a goste,
Evit ma ienni d 'eoc'h ann dekred Penn-da-benn, evel em euz han bet.
Lorsque le jour du tirage fut arrivé, — au canton de Prat ils furent convoqués.
Eux (d'aller) à l'église faire leur prière, — pour détourner d'eux la malchance (m. à m. : la planète, la mauvaise étoile).
Quand ils sont arrivés au canton, — (ils sont) tous rassemblés en une bande.
Le commissaire a demandé : — « Quelque paroisse est- elle arrivée?
— Oui, sûrement, dirent ceux de Tonquédec; — nous sommes ici, et ceux de Cavan .
— J'ai grande envie et je veux — que vous vous rangiez là, de côté,
Afin que je vous lise le décret - d'un bout à l'autre, tel que je l'ai reçu. »
GWERZ ET SONN 1 lo
Laret re ann eil parez d'eben :
— 'N em glevomp oll, ha na deiino den.
Ma larjont oll 'n eur memeuz moiiez :
— Kenta 'denno a gollo he vuez. —
M'az eaz unan war ar vur, Hag a seblante eunn den fur;
Hag a lavaraz d'ar bobl neuze :
— Chomit oll en ho trankilite.
Deit oun a-berz ar c'homisaer Da laret d'eoc'h taol ho pijer. —
Mond a rent war zu ann aodiler, 0 c'huchal derc'hel mad d'ho bijer :
— Rak ma dirolfe Pipi Gouer, Ezom bon devo deuz bon bijer. —
Chaque paroisse disait à l'autre : — « Entendons-nous tous, et personne ne tirera au sort. »
Aussi dirent-ils tous, d'une même voix : — « Le premier qui tirera, perdra la vie. »
Et l'un d'eux monta sur le mur, — et qui paraissait un homme sage ;
Et il dit au peuple alors : — « Restez tous en votre tranquillité.
Je suis venu de la part du commissaire — vous dire de jeter là vos bâtons. »
Ils allaient du côté de l'auditoire (V), — criant debien garder leurs bâtons :
« Car si Pipi Kouer ' sort de ses gonds, — nous aurons besoin de nos bâtons. »
1. Pierre Kouer. Kouer, paysan, est quelquefois employé (dans ce cas, par exemple,) comme un surnom.
dl6 CHANSONS ET DANSES DES BRETONS
Ar c'homisaer en deuz poan-benn; Hag hen vond trezek Kervalouen,
'Kemer he varc'h hag o vond d'ar ger, Na ouie den petra oa he baper.
Darn a zeii d'ar ger d'ho meren, Darn ail da bardon Lann-Ervoan.
War-benn al lun deuz ar heure A oft taolet ar jord a war 'n he-ze.
Neuze a ejont 'barz ann hent, Ha gant-he binwio a fent :
Filjer-tol ha fosillono, Ferier houarn ha fuzuillo,
Taladur sten ha pik houarn Paliked ha kontel vouden ;
Le commissaire (en) a mal à la tête; — et lui d'aller vers Kervalouen,
De prendre son cheval et d'aller à la maison, — sans que personne eût appris ce qu'était son papier.
Les uns vont chez eux à leur dîner, ~ d'autres au pardon de Lann- Ervoan.
Le lundi, dans la matinée, — le sort fut jeté sur eux.
Alors ils se mirent en chemin, — avec eux des outils de fantaisie :
Des faux en tôle et dos faucilles, — des fourches en fer et des fusils,
Des doloires en étain et des pics en fer, — des pelles et des couteaux à (couper la) tourbe ;
Rask ha kontel vraz ar c'higer, Skeltrenno fagod ha bijer:
Peulio kiri ha koat treuslo', Trancho, orjo, pilad-avalo;
Nadoue, besken ar c'hemener, Furm ha mineoued kereer.
Bep ma kerzent ebarz ann hent, Ann tier oll a dismanlrent ;
Mond re gant-he krampoez, bara, Ha zoken al lajo-dorna :
Ha n'e oa den d'ho reuzi,
Pe oant prest raktal d'ho ' zibri.