‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 32 sur 90 · LES FILLES DE LOCQUENOLÉ · texte numérisé non relu

LES FILLES DE LOCQUENOLÉ

Les filles de Locquénolé sont des filles faraudes (bis), — qui ne daignent danser qu'avec des hommes de bonne condition (bis).

Les filles de Locquénolé vont aux paludes, — sans mouchoir (sur le dos), nu-pieds, nulle coëffe sur la tète.

Les filles de Locquénolé ont promis - d'aller en pèlerinage à Saint- Jean béni.

Le recteur ' disait, le dimanche, à la grand'messe : — « Prenez garde (éloignez-vous), jeunes filles, aux matelots. »

Les filles répondirent, du bas de l'église : — ce Faites vos sermons. Monsieur le Recteur, et nous ferons (suivrons) nos coutumes. »

Les vêpres n'étaient pas bien achevées, — que les jeunes filles étaient (déjà) dans la ville de Plougasnou .

\. Ar person : le recleiir d'une simple paroisse ; le curé d'une ville. (Voy. p. 5.)

GWERZ ET SONN 185

'Barz e ti Mari Beron ez int bet diskennet,

Ho ! ia, dre ma voa gant-he ialc'hou martoloded.

Ar merc'hed-ze a drinke hag a lipe ho beg, Hag ar voarsed a gane, a gane en gallek ;

Hagar voarsed a gane, a gane en gallek,

Hag ar merc'hed a c'haurze, dre ma n'intentenn ket ;

Nemed eunn dortez vihan deuz a vourk Karantek : Honnez voa bet er gouant, o tiski ar gallek;

Honnez voa het er gouant, o tiski ar gallek ; Hag a bede * mil malloz var ar vartoloded.

— Ma vefemp ni intoanien, gras d'eoc'h ' ne vefomp ket ; Nimp 'zeuio c hoaz eur veach, eur veach d'ho kuelet;

Hag a zigaso d'eoc'h c'hui na peb a chapeled, Ha peb avoalen arc'hant d'ho kamaradezed,

i. Variante : « a bec'he mil malloz, — juraient mille malédictions. » 2. Variante : « gras d'emp — grâce & nous. C'est un non-seus absolu.

Elles étaient descendues dans la maison de Marie Perron, — ho ! oui, parce qu'elles avaient avec elles des bourses de matelots.

Ces filles-là trinquaient et s'essuyaient le bec, — et les marins chantaient, chantaient en français ;

Et les marins chantaient, chantaient en français, — et les filles riaient, parce qu'elles ne comprenaient pas ;

Excepté une petite bossue, du bourg de Carantec : — celle-là avait été au couvent, pour apprendre le français;

Celle-là avait été au couvent, pour apprendre le français; — et elle priait [ou mieux, elle jurait) mille malédictions sur les matelots.

« Si nous étions veufs, grâce à vous, nous ne le [serons plus ; - nous viendrons encore une fois, une fois vous voir ;

Et nous vous apporterons à chacune de vous un chapelet, — et un anneau d'argent pour chacune de vos amies.

— Kenavezo 'ta, Leblond, ia zur, pa m'oud e vond Me garje a-greiz kalon e vijez c'hoaz o tond. —

Merc'hed a Lokenole a voele var ar c'he Da Leblond, ar c'habitenn : allaz ! partiel e.

Chanté par M. Allain-Launay, au diner celtique.

— Adieu donc, Le Blond, oui, sûrement, puisque tu t'en vas; — je voudrais, du fond du cœur, que tu fusses encore à venir. »

Les filles de Locquénolé pleuraient, sur le quai, — (le départ de) Le Blond, le capitaine : hélas ! il est parti.

Ce so?in est à la fois descriptif, moral et narratif. Ce n'est pas une « chanson de bord »; le marin qui l'entonne a déjà mis le pied à terre; le titre seul en établit la source terrienne. Et puis, lisez bien : les matelots de Plougasnou « chantaient en français, — a gane en gallek ».

Dans le même genre, « Plac'hcdLezardrco ». Mais les différences sont notables^ pour ne pas dire significatives. Un de ces sonn est en trécorrois; l'autre, en léonard (à part quelques formes et quelques mots communs à divers dialectes). Dans la chanson de Lézardrieux l'ironie est vive, accentuée; tandis qu'une sorte d'émotion larmoyante trahit c, la fin les filles de Locquénolé. Faut-il attribuer aux diverses origines régionales ou dialectales ces variétés et ces degrés dans la satire?

Contentons-nous de citer cet exemple, sans conclure; la question en vaudrait pourtant la peine; mais il faudrait d'autres preuves, que nous ne possédons pas, pour aboutir à une solution raisonnable.

« Merc'hed a Lokenole » est en vers de treize pieds, avec césure après la septième, dans la phrase mélodique comme dans le vers. Le bis sert de refrain.

Il est à remarquer qu'un vers n'est pas bissé dans un gtûerz comme dans un sonii^ au point de vue musical. Le vers du

6WERZ KT SONN 187

sonn so chante, les deux fois, sur le même membre de phrase mélodique : c'est que ce Im sert de refrain. Dans le ginerz, où le refrain n'est pas admis, ce n'est jamais que le dernier vers du couplet (jji'on répète; règle générale, ce couplet, s'il est un distique, devient un ternaire par le fait du bis : la phrase mélodique, a-t-on vu déjà, est donc une période à trois membres, et la reprise du second vers se fait sur le troisième membre de phrase, dont la cadence a pour objet de conclure la période musicale.

L'air des « Filles de Locquénolé » est un six-huit^ d'un rythme bien régulier, comme c'est le fait pour la plupart des sonn. Il y a une légère variante dans la mélodie que chante M. AUain-Launay aux celtisants de Paris : la sixième syllabe, dans le premier vers de chaque couplet, au lieu d'être brève, se prolonge snr une ?20zVe inattendue, — merc'hed a Loke?2(>le,.. Evidemment, la mesure en est rompue. Cette irrégularité doit avoir été la faute de quelque chanteur, et non celle du barde qui a composé le sonn.

SON

Me 'm euz gwelet , me ma unon ,

0 ra la la la la la la la la

Me 'meuz gwelet, me ma unon,

Ar biniou gand ar person.

Hag ar vombard gand ar c'hure, 0 ra la la...

Hag ar vombard gand ar c'hure :

Ar re-ze vad a c'hoarie;

Hag ar sakrist gand ar blaton 0 tougen chistrd'ar sonerion.

0 traezuz! ar veleion

Na blij ket d'he ar sonerion;

Ha koulskoude, o ma Doue !

Piou a zo gwasoc'h evit-he ?

CHANSON

J'ai vu, moi-même, — o ra la la la la la la la la — j'ai vu, moimême, — le biniou avec le (entre les mains du) recteur.

Et la bombarde avec le vicaire, — o ra la la... — et la bombarde avec le vicaire : — ceux-là certes jouaient (sonnaient);

Et le sacristain avec l'écuelle (pot à cidre, pichet), — apportant du cidre aux sonneurs.

0 chose étonnante ! les prêtres — n'aiment pas les sonneurs ;

Et pourtant, ô mon Dieu I — qui est plus terrible (pire) qu'eux ?

Satire bien inoffensive. C'est un prêtre du Goëlo qui l'aurait transportée en Cornouaille, où je l'ai recueillie. Dans ces

GWERZ ET SONN 189

voyages, elle aura perdu quelque chose de sa pureté originelle : car elle n'est plus dans un dialecte distinct.

Il est probable que je ne tiens ce court sonn qu'à l'état fragmentaire. Possible encore que les paroles aient uniquement servi à l'éclosion d'une mélodie charmante. Le simple andantino qu'elles auraient produit, est du plus gracieux effet, surtout avec cet ad libitum où les virtuoses s'exercent à la vocalise et qu'on prolonge à souhait comme \xn pointd'orgue.

L'antithèse est manifeste entre l'air et la chanson, entre l'inlenlion du poète et l'exécution du musicien. Ce n'est pas un fait rare, en folk-lore ; et il est encore plus fréquent dans les pastiches de chansons populaires.

190 CUANSONS ET DANSES DKS BRETONS

Page 1