‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 45 sur 90 · RONDE ET JEU · texte numérisé non relu

RONDE ET JEU

Barzig ha barzig a Goneri,

Ari e mab ar roue gand daou pe dri,

Gand eur bagad a bichoned

Ru ha gwenn ha violet.

Petit barde et petit barde de Conéri, — le fils du roi est arrivé avec deux ou trois, — avec une bande de pigeons — rouges et blancs et violets.

On tourne cette ronde autour de deux compères (ou deux commères), qui se tiennent debout, immobiles, les mains dans les mains. Ceux-là sont deux juges, ou deux gendarmes, ou deux ravisseurs,... tirés au sort. Le couplet fini, ils se précipitent sur un danseur, à leur choix, ou sur chacun à tour de rôle; ils le saisissent, en s'écriant :

« Pe gand al loar, pe gand ar stered? — Ou avec la lune, ou avec les étoiles? »

Suivant la réponse, on est envoyé aux étoiles, ou à la lune : les deux séjours, (plutôt, les deux lieux d'attente) sont distincts, en deux coins de la place.

A chaque tour, la ronde diminue d'un danseur ; quand le cercle est devenu trop étroit, les derniers sont exécutés sommairement. Alors les deux juges décident, suivant leur bon plaisir, où sera le ciel, et où Tenfer. Ils se tournent vers l'un de ces campements, dont ils acclament les détenus :

« Baradoz! baradoz! — Paradis!... »

Puis, tous ceux-là ensemble, justiciers et affranchis, courent sus aux malheureux, parqués à l'autre bout :

(( Ifernio! ifernio ! — Enfers!... »

C'est un affreux vacarme. — Quelquefois, le purgatoire prend la place de l'enfer ou celle du paradis.

Je ne connais de cette chanson qu'un couplet, comme du digotin.

C'est le même thème mélodique que pourle joa^er; mais le mouvement est allegro. (Y. plus haut, p. 44).

Ce n'est pas le seul chant qui soit approprié à ce jeu symbolique; mais c'est celui dont je me suis le mieux souvenu. Et dans ce divertissement, qui ne reconnaît le « jugement des âmes » ?

Page 1