‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 52 sur 90 · COMPLAINTE DE SAINT CADOC · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE SAINT CADOC

Depuis longtemps j'avais désir — de révéler ce qui est vrai, — de tourner du français en breton — un beau cantique que j'ai trouvé.

Avez-vous entendu parler par le pays — du seigneur saint Cadoc? — Ses miracles ni sa vie, — vous n'avez entendu jamais en (parler).

A Ragoustant il était né — et Raourach il avait été appelé; — sa mère était Laurence Constance, — fille d'un grand roi d'Irlande.

Eunn ermid e oa tost d'ar vro, Lec'h m'a oa ganet sant Kado, Deuaz d'hen goul da vadein, Hag he dad prest da gonsantin,

Enostant ma oant païaned, Med Doue en euz permetet.

Ann ermid a gas an-ehan Eunn dewez da wit tan d'ehan Da lochen ar bastored Elec'h oant o vesa ann denved ;

Ar pastor kri o laret d'ehan Na roje ket a dan d'ehan, Nemed hen lakat a raje De vonet gant-han n' he jave ;

Sant Kado dre umilite A hikaz glaou en he jave Ewit kasd'he vestr ann ermit, Hep poan d'he gorf na d'he abit ;

Un ermite qui était près du pays — où était né saint Cadoc, — vint demander à le baptiser, — et son père (était) prêt à y consentir,

Bien qu'ils (les parents) fussent des païens ; — mais Dieu l'a permis '.

L'ermite l'envoie — un jour chercher du feu pour lui — à la cabane des pâtres, — où ils étaient à paître les moutons ;

L'homme cruel de lui dire — qu'il ne lui donnerait pas du feu — à moins qu'il ne le mît — pour l'emporter dans son giron ;

Saint Cadoc par humilité — mit des charbons dans son giron — pour (les) porter à son maître l'ermite, — sans dommage pour son corps ni son habit :

l. Un distique pour un quatrain. Ce gvoerz est très nautile; je n'en ai pas trouvé une version plus complète.

Neuze oe hanvet eur zorser, Eur majisian, eunn tromper ; Ar mestr-pastor a lell d'ehan Mond 'n he ermitach d'hen lazan ;

En ermitach p'int ariet, Dal war ar plas int bet rentet, Ha mantret ho oll izili, Na ellent mui bo remuin;

Sant Kado dre gompasion

Ouz ho c'hlewet o c'houl pardon.

A c'heaz en orezon fervant

Hag ho greaz iac'h en eunn instant

P'oa ari sant Kado en oad, A fellaz d'he vamm ha d'he dad Hen lakaet da gomandin War ann armeo ha d'ho reglin ;

Mes sant Kado na c'houle ket Kombatin ewit treo ar bed :

'Barz ann dezert en em rentaz Ha sant Gouard hen saludaz,

Alors il fui appelé un sorcier, — un magicien, un trompeur; — au maître — pâtre il prend une envie — d'aller à l'ermitage pour le tuer;

A l'ermilage, lorsqu'ils furent arrivés, — dès que sur la place ils furent rendus, — furent accablés tous leurs membres (au point) — qu'ils ne pouvaient plus les remuer;

Saint Cadoc, par compassion — en les entendant demander pardon, — se mit en oraison fervente — et les guérit en un instant.

Quand fut parvenu saint Cadoc en âge, — voulurent sa mère et son père — le mettre à commander — sur les armées et à les conduire ;

Mais saint Cadoc ne voulait pas — combattre pour les choses du monde; — dans le désert il se rendit, — et saint Gouard le salua (ou bien il salua S. Gouard).

En plas de welet sant André Oa eur mignon braz da Doue

Sant Kado laka batisan War ar mor eur pond ar c'heran, War eur vrec'h-vor deuz ann Indrez, Pini oe hauvet revier Estez ;

Unan deuz ann artizaned

Gand ar re ail a oe lazet,

Ha ma hen toljont en eur stank :

Pebez maleur d'ann dud méchant !

Sant Kado emez hen tennaz, Sant Kado hen resusitaz.

Daouzek bla e oa bet eno 0 resusitan tud varo,

Ouz ho c'honvertisan d'ar fe Hag 0 lenn ann awiel d'he.

En place pour [ou simplement pour) voir "saint André ' — qui était un grand ami de Dieu.

Saint Cadoc fait bâtir — sur la mer un pont des plus beaux, — sur un bras de mer dans les Indes, — lequel était appelé la rivière d'Eslez ;

Un des ouvriers — par les autres fut tué, — et ils le jetèrent dans un étang. — Quel malheur pour les hommes méchants!

Saint Cadoc le tira dehors, — saint Cadoc le ressuscita. — Douze ans il avait été là — à ressusciter des morts,

A les (ces peuples) convertir à la foi, — et à leur lire l'évangile.

\. Le texte est tout à fait obscur, a cause de l'ellipse de deux vers, probablement.

War-dro 'n anter-noz eo kemeret

Ker gand arme ar baïaned

0 vasakrin ar gristenien ;

Dre ma o c'hevent, na vane den.

Oa sant Kado en he oviz, Ec'h antrejont 'barz ann iliz; Eur barbar kri ha digonsianz 0 treuzin dre he gorf eul lans.

Eunn neubeut goude-ze oe intérêt Gand eunn toullad relijiuzed.

Ha m'a re miraklo 'n he vue, A re c'hoaz kalz mui goude-ze.

Chanté par Guillaume Quellien, âgé de soixante-treize ans, de La Roche.

Vers la mi-nuit fut prise — la ville par l'armée des païens ; — (ceux-ci) de massacrer les chrétiens : — à mesure qu'ils les rencontraient, — il n'en restait aucun (envie).

Saint Cadoc était à son office; — ils entrèrent dans l'église. — Un barbare cruel et sans conscience — de lui traverser le corps avec une lance.

Un peu (de temps) après cela il fut enterré — par (ou avec) un certain nombre de religieux ; — et s'il faisait des miracles en sa vie, — il en faisait encore beaucoup plus après cela.

Avec ce gwerz religieux nous sommes sur ia voie des saints ; celui de saint Cadoc nous met absolument chez les personnages de l'émigration bretonne en Armorique.

Ils sont vieux et rares ceux qui connaissent aujourd'hui ce gwerz; on ne le chante plus, autour des chapelles de saint Cadoc, le jour du pardon. Le temps des vieilles cantilènes

historiques est fini ; c'est à présent le tour des cantiques, mais pas des « beaux cantiques » qu'on trouvait dans la tradition ; les nouveaux sont des hymnes en l'honneur du saint, une mvocation au patron bienheureux, avec quelques conseils aux fidèles qui sont accourus à sa fête. (Voy. les strophes extraites du guerzen à sainte Tréphine, p. 31...)

JULUANIK

Juluanig ann den vaillant, Ann hini a oa puisant, Savez eunn dewez heure mad 'Wit mond da chaseal d'ar c'hoat.

Ebarz ar c'hoat pa e n' ariet, Eur c'harwik rous 'n deuz rankontret Eur c'harv^ik rous 'n deuz rankontret, Endro d'ar c'hoat 'n euz hen geuliet :

— Ewit petra em c'heuliez-te, 'Med ewid en kavout ma bue?

'Ma lezez gan — in ma bue, Me'laro d'id ar wirione.

JULUANIG

Le jeune Julien, l'homme vaillant, — celui qui était tout puissant, -^ se leva, un jour, de bon matin, — pour aller chasser dans le bois.

Dans le bois, lorsqu'il est arrivé, — une petite biche ♦ rousse il a rencontrée; — une petite biche rousse il a rencontrée; — autour du bois il l'a poursuivie :

« Pourquoi me poursuis-tu, — si ce n'est pour avoir ma vie ? — Si tu me laisses la vie, — je te dirai la vérité.

1. Le mot biche en breton, c'est karvez, ou heiez pour une biche qui n'est pas mère encore. Le karvik est le faon ; ainsi traduisais-je devant les chanteurs, qui hochaient la tête en répliquant : « Non, eur e'harvik rons, dans cette histoire-là, c'est une petite biche rousse. >■ S'agissait-il, pour ces gens du peuple, d'une sympathie poétique? ou la biche, plus que le /"aon, a-t-elle le don de prophétie? En tout cas, le dictionufrtre est en défaut ici avec la légende.

Juluanik, te a lazo Da dad, da vamm, e-war eunn dro, Te a lazo da vamm ha da'dad Kousket ho daou 'n enr gwelead.

— Oh ! na rin ket, gant gras Doue

Kar me' evito deuz a ze,

Me' evito deuz a ze

Me c'hai drear vro da vale. —

Sortial re demeuz ar ger Hep laret gir da den a-bed Hep laret gir da den a-bed ; 'N eunn oblans ker c'heo ariet ;

'N eunn oblans ker c'heo ariet, Goul da servijin en euz groet Goul da servijin en euz groet ; Seiz la kiginer hen zo bet,

Seiz la kiginer 'n eur gigin wenn, E-war eunn arme kabiten.

Petit Julien, tu tueras — ton père, ta mère, d'un même coup; — tu tueras ta mère et ton père — couchés tous les deux dans un même lit.

— Oh ! je ne (le) ferai pas, avec la grâce Dieu! — car j'éviterai cela, — j'éviterai cela; — j'irai courir par le pays. »

Il sort de la maison, — sans dire mot à personne — sans dire mot à personne ; — dans un beau château il est arrivé;

Dans un beau château il est arrivé, — il (y) a demandé à servir — il (y) a demandé à servir; — sept ans il a été cuisinier.

Sept ans cuisinier dans une cuisine blanche, — sur une armée, capitaine '.

1. Est-ce sur une armée de serviteurs, comme expliquait Le Galuche ? La mutilation du couplet a produit cette incertitude.

Kement zo groet deuz hen karet Ken e d'ar verc'h hen dimezet; A zo roet être ho daou Eur e'hastel ker, eunn arc'hel aour.

Ho-man oa eur plac'hik modez Da itron vari a Garnez ; Eunn dewez'vond d'hec'h ofern-bred Daou denik koz deuz rankontret.

— Daou denik koz, d'in a lered Pelec'h ac'h et, pe 'n an oc'h bet, Pelec'h ac'h et, pe 'n an oc'h bet, Pe' p euz ho tezir da vonet?

— Me' zo pell en tourmant hag en poan 0 klask bon mabik Juluan ;

Am eump torret hon c'halono Nag 0 vale dre ann hincho.

— 0 Doue da vezan meulet !

Juluanik d'in zo dimet ;

A zo roet être hon daou

Eur e'hastel ker, eunn arc'hel aour. —

On a tant fait de l'aimer — qu'il s'est à la fille marié ; — on a donné, entr'eux d'eux, — un beau château, (plein) une arche d'or.

Celle-ci (la mariée) était une petite femme modeste, — (dévote) à (Notre-) Dame Marie du Carmel ; — un jour, en allant à sa grand'messe, ■ — deux pauvres gens vieux elle a rencontrés :

« Deux pauvres gens vieux ; dites-moi — où vous allez, ou bien vous avez été, — où vous allez, ou bien vous avez été, — ou bien vous avez le désir d'aller ?

— Je suis (depuis) longtemps en tourment et en peine — à chercher notre cher fils Julien ; — nous avons brisé nos cœurs — à force de marcher par les chemins.

— Oh ! Dieu soit loué ! — le petit Julien avec moi est marié; — il a été donné, entre (owà) nous deux, — un beau château, (plein) une arche d'or. »

Ho-man a retornaz d'ar ger ; E-barz 'n he gwele ho deuz laket E-barz 'n he gwele ho deuz laket, Hag hi zo et d'ann ofern-bred.

Juluan ariez ar ger; Drouk-sonj he bried en euz bet Drouk-sonj he bried en euz bet :

He dad hag he vamm 'n euz lazet.

Ha pa 'n euz bet ann torfed groet, En traou gand ar vins hen zo et En traou gand ar vins hen zo et, He bried paour deuz rankontrp*

— Ma fried paour, d'in a lered, Piou'barz em gwele pa laket Piou'barz em gwele pa laket, Keit e oaz' vond d'hez ofern-bred ?

— Juluan, oa ho lad hag ho mamm, Oa pell en tourmant hag en poan Oa pell en tourmant hag en poan.

0 klask ho mabik Juluan. —

Celle-ci retourna à la maison ; — dans son lit elle les a mis, — dans son lit elle les a mis, — et (puis) elle est allée à la grand'messe.

Julien est arrivé à la maison ; — (une) mauvaise pensée sur sa femme il a eue, — (une) mauvaise pensée sur sa femme il a eue :

— son père et sa mère il a tués.

Et lorsqu'il eut le forfait commis, — en bas par l'escalier il est allé,

— en bas par l'escalier il est allé; ~ sa pauvre femme il a rencontrée.

« Ma pauvre femme, dites-moi : — Qui dans mon lit aviez-vous mis ? — Qui dans mon lit aviez-vous mis ? — pendant que tu étais à aller à ta grand'messe ?

— Julien, c'était ton père et ta mère, — qui étaient (depuis longtemps) en tourment et en peine, — qui étaient (depuis longtemp-;) en tourment et en peine, — à chercher leur fils Julien. »

r.WLRZ ET CHANTS RELIGIEUX 237

Ce gwcrz est populaire dans toute la Bretag-ne. Il m'a été chanté par Yvon Le Guluche, de La Roche-Derrien. L'air est celui du « Roi Gradlon » : ce qui attesterait une origine d'importation ^onx J uluanik .

C'est à cette lég-ende peut-être que la littérature française est redevable du joli conte de Gustave Flaubert. L'on sait du moins qu'une partie de « Saint-Julien l'Hospitalier » a été écrite à Concarnoaii, tout au fond de la Cornouaille.

Cesàawxgwerz religieux seulement ont été transcrits, « Saint Cadoc » et « Saint Julien », bien que les airs de quelques autres encore soient notés plus loin. De même, les paroles des Cantiques ont été omises. C'est parce que la plupart de ces diverses poésies ont été déjà publiées dans des recueils, ou qu'elles ont cours sur des feuilles volantes. A la vérité, le guerzen de sainte Tréfine aurait pu être reproduit tout du long, n'eùt-ce été que pour en tirer un dernier exemple au point de vue dialectal, une preuve irrécusable de l'importance que tient la valeur syllabique dans la chanson populaire. Cette valeur, en effet, varie avec le dialecte, puisque le même mot ne garde pas dans toutes les régions également les mêmes émissions vocales. En Tréguier, Doue (Dieu) est un bisyllabe [Dou-é)^ dont l'équivalence musicale est produite par deux notes distinctes; dans le vannetais, c'est Doue, un monosyllabe, sur une seule note. Le vocable douar (terre) est dans un cas analogue : doii-ar (deux syllabes) dans les pays de Léon ou de Tréguier; c'est doar, une syllabe sur une note unique, dans le pays de Vannes.

On aura remarqué que les chansons trécorroises sont en majorité dans ce livre ; une observation semblable a été faite sur le BarzaZ'Breiz^ à propos des poésies de Cornouaille : j'ai dû, comme M. de la Yillemarqué, rendre davantage à qui m'a le plus prêté.

Du reste, un recueil ne serait pas fermé de sitôt, si Ton n'adoptait une ou deux règles de conduite, en s'astreignant à quelques spécimens de chaque genre, et surtout en n'admettant que des chansons dont on a obtenu plus d'une audition. Je n'ai guère visité encore le pays de Goëlo ; j'ai pourtant sur le folk-lore de cette région des notes abondantes, grâce à M. Arthur Rhoné, qui m'a communiqué les recherches de ses amis M. Paul Chardin et M. le docteur Pignard ; ainsi, M. Gabriel Hanotaux me rapportait, un jour, de Tréboul toute une collection qu'il avait empruntée à un commis des douanes. Ce sont d'utiles matériaux, qui n'ont pas trouvé une place en cet ouvrage, et qui serviront pour un travail à venir.

Je ne puis achever ces pages, sans écrire le nom d'un autre collaborateur, l'éditeur Charles Leclerc, qui écouta tant de fois ces chansons, mais que la mort vient d'enlever au moment oii il contribuait à leur publication. Si les âmes au delà sont encore accessibles à nos bons souvenirs, que le mien parvienne à cet ami ! Quelques-uns de nos goûts ou de nos affections nous survivent peut-être après la tombe : puissent alors ces douces et plaintives mélodies de Bretagne, que Leclerc aima tant, 1(3 hanter dans le cimetière de son pays natal elle bercer durant le songe éternel!

MÉLODIES

MÉLODIES

Andantino

AR VINOREZ

LORPHELINE

Me 08 <'ur bu . gel

0 'étais une (^nfant)

JL

laou . ank flam, Pa toute jeune quan<j

var . «ar moururent

ma , jnon

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ma en a

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LEZOBRE

LES AUBBAYS

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Tre Koat - ar - Skin ha Le - zo - bre A

(Eutre Koat-ar-Sbin et les Aubrays est

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#-. p^rjH'Miiij.M^^

zo a - si - net eunn ar-nie, A zo a - si - net eun ar - me. arrêtée une armée, est arrêtée une armée.)

Largo

AR ROUE GRALON

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