LA VIEILLE
Refrain. — C'est la vieille qui est ma douce, — c'est la vieille qui l'est, assurément.
Et cependant, daprès ce que je vois, — la jeune est la plus belle.
La jeune est charmante, — la vieille a de l'argent.
La vieille me conduit bien (avec elle je marche bien), — la vieille est de nia convenance.
El cependant en ville — c'est la jeune qu'on aime.
La jeune est si droite ; — la vieille, un petit peu voûtée.
La jeune est légère, — la vieille est lourdaude.
fiWERz i:r soNN 223
Ann liini ^a)z en dcuz bleo ywenr., Ann hini iuouank bleoinelen.
Ann hini goi liou laden zec'li, Ann hini iaouank liou ann erc'h ;
Liou ann erc'h eo hag hi ken ien, N'a ra koz ha n'a sell ouz den.
Ha koulskoude n'ouzonn perak Mac'halon roitik-tak tik-tak;
Tik-tag a ra ma c'halon baour
Pa c'han da skei war doul ann nor,
Tec'h alèse, tec'h kuit, tec'h pell :
Ann hini goz a zo kanl gwel ;
Ann hini goz a zo kant gwell, N'a ra kettaillo demezel.
Demezelled na reont bepred Nemet tfoab euz ar Vretoned.
La vieille a des cheveux blancs ; — la jeune, cheveux blonds.
La vieille a le teint de fougère sèche ; — la jeune, teint de neige ;
Teint de neige, et elle si froide, — qui n'a ni causerie, ni regard pour personne ;
Et cependant, je ne sais pourquoi — mon cœur fait tic-tac, tic-tac.
Tic -tac fait mon pauvre bdelii», — quand je vais frapper au seuil de sa porte...
Retire-toi de là, va-t'en, va-t'en au loin I |— La vieille est cent fois meilleure ;
La vieille est cent fois hieilleure, - et elle ne (se) fait pas une taille de demoiselle.
Les demoiselles ne font tout le temps — que se moquer des Bretons.
Ma daolan dorn war benn he ylin, Ann hini goz a c'hoarz ouz-in.
Ann hini goz zo Bretonez, Ann hini iaouank zo Gallez.
Fae eo gan-in gand ar Gall biein,
Gant kroc'hen ann diaoul war he geign !
Fae eo gan-in gand ar C'hallez, Gand he lero en he botez !
Mar komzed a briedelez, Komzed d'in euz ar Vrelonez.
Na lakfenn van, pa ve laret Eo ar Vretonez groac'hellet;
Evil-han da vont groac'hellet, Eunn aval blaz fall n'en deuz kel.
Bezet droug gant neb a garo :
Troc'het ann ed, dornet a vo;
Si je pose la main sur son genou, — la vieille sourit vers moi.
La vieille est Bretonne, — la jeune est Gallaise.
Je fais fi du Gallo pourri — avec (la) peau du diable sur son dos;
Je fais fi de la Gallaise — avec ses bas dans sa chaussure I
Si vous parlez de mariage, — parlez-moi de la Bretonne.
Je n'en ferais pas de cas, quand même on dirait — que la Bretonne tire à la vieillesse :
Bien qu'elle soit ridée, — une pomme (n'en) a pas (plus) mauvais goût.
S'en fâchera qui voudra : — le blé est coupé, il sera battu ;
GWERZ ET SONN 225
Bezet droug gant neb a garo, Ma dous ha me m'eureujo.
Ni, gousko en eur gwele kloz, War ar pel fresk, bemnoz, bemnoz ;
Na pa ve ken koz hag ar bed, Gan-in a vezo gwalennet.
S'en fâchera qui voudra : — ma douce et moi, nous nous marierons.
Nous coucherons dans un lit clos — sur la balle fraîche, toutes les nuits, toutes les nuits;
Et quand même elle serait aussi vieille que le monde, — c'est moi qui lui passerai l'anneau.
J'ai expliqué (v. p. 12) pourquoi les 5omî ne réussissent pas toujours à se répandre en dehors du dialecte natal, c'est-à-dire, en raison de leur défaut d'observation générale. Mais il en est un que les Bas-Bretons connaissent universellement ; c'est comme leur chant national, cet ami hini goz dont on parle autant que du pays même et qu'on a traîné jusque sur des théâtres parisiens. Bien qu'il s'agisse de la question séculaire des deux Brelagnes, le patriotisme ni les armes n'ont rien à voir dans cette dispute au sujet de la jeune et de la vieille, dans cette préférence à jeter à la Gallaise' ou à garder pour la Bretonne. Entre vingt variantes, embarrassées de locaiismes, qui changent avec les endroits et dont la portée est nulle pour la plupart, — comme ann hini goz deiiz a Bempoul, — j'ai choisi une version, qui m'a paru satisfaisante, de ce sonn traditionnel de la Basse-Bretagne.
C'est donc une manière d'allégorie encore que tann hini goz; c'est sous cette forme, a-t-on prétendu, que disparais-
1. Orthographe à lu française du mot breton Gallez, féminia de Gall, — Gallo, ou Haut-Breton —.
sent les littératures orales et populaires, de même que les littératures classiques s'éteignent dans l'afleterie. Ce qui est certain, c'est que tous les sentiments du cœur humain, sinon toutes les formes littéraires, encore dans leur spontanéité, trouvent leur expression dans la poésie du peuple ; on en dirait autant de ce qu'en philosophie l'on appelle les idées générales : les mêmes notions sont répandues en tous lieux, et à peu près les mêmes légendes, qui font une sorte de commun héritage dont chaque race a tiré la part qui convenait le mieux à son génie particulier (Voy. p. 9).
Certes, il y a des chansons pour ainsi dire nomades, et il y a partout des légendes d'importation : et c'est ainsi sans doute que j'ai entendu en Basse-Bretagne, sur l'air tout à fait local de Ker-Is, un fragment de la vie de saint Julien l'Hospitalier.
GWERZ SANT KADO
A bell a zo me 'm a dezir Da diskleria ar pez zo gwir, Trei ar galieg en brezonek * Eur c'hantik ker am euz kavet
Klewet ac'h euz komz dre ar vro Demeuz ann otro sant Kado?
He viraklo nag he vue N'ac'h eU|Z klewet biskoaz an-he.
E Ragoustand e oa ganet Ha Raouach e oa hanvet ; He vamni a oa Lorans Konslans, Merc'h d'eur roue braz a Irland.
1. Un seul chanteur m'a dit ce premier couplet; les autres débutaient toujours par le suivant — Klewet ac'h euz... —