LE REVEIL
L'aube au bas du ciel tend parmi les mousses Des fils de soleil rayant le lointain.
— Ma mignonne avec des aiis de matin Entr'ouvre à demi ses lèvres si douces.
Le jour est venu, puis il est allé
Partout, dans les champs, dansl'eau, dans les branches. — Ma belle petite à pleines mains blanches Cherche en souriant son front réveillé.
On dirait le sang de toutes les roses Ruisselant au pied d'un grand trône d'or. — Claires à demi, confuses encor.
Les fleurs de son cher regard sont écloses.
L'air cesse d'être bleu Quand on perd ce qu'on aime, Et quel que soit l'adieu, La souffrance est la même.
Avec autant de jileurs Et les lèvres séchées, Ce sont les mêmes fleurs Par une autre arrachées;
Les belles fleurs d'amour Que ta main avait mises Dans mon cœur, un beau jour Et qu'elle m'a reprises.
CHANSON
Je ne peux pas ne pas aimer, El ma faiblesse se découvre.
Quand mon cœur vient de se fermer, Je n'y puis rien, il faut qu'il s'ouvre.
Quand des regards sont bons pour moi.
Mes yeux, hélas ! les voient de même.
Mon amour est de bonne foi :
Il faut que j'aime quand on m'aime.
Je ne puis pas par les cliemins Aller tout seul avec mon rêve ; Il faut que des petites mains, Le conduisent pour qu'il s'achève.
Aucune n'allant jusqu'au bout.
Qu'on les étreigne, ivre ou farouche, Ce n'est pas ma faute après tout, Si mes baisers changent de bouche.
C'est un malheur pour ma raison Elle se trouble et devient folle, Et, selon l'heure ou la saison, Se désespère ou se console.