VISIONS DE RÊVE
Autrefois je rêvais amour fougueux et fier, Myrtes et réséda, tête aux boucles jolies, Douces lèvres lançant des sarcasmes amers, Et lieder sombres sur de sombres mélodies.'
Ces rêves ont pâli maintenant ; avec eux, La chère image fut de mon cœur effacée : Du passé, je n'ai plus que les vers langoureux A qui je confiais mon ardeur insensée.
Oui, pauvres vers, hors vous il ne me reste rien. Fuyez aussi... Cherchez la figure rêvée ; Saluez-la pour moi quand vous l'aurez trouvée : J'offre à celle ombre en l'air ce souffle aérien.
J'ai rêvé naguère un rcve Plein de charme ensemble et d'horreur, Dont la vision dans mon cœur Quelquefois encore se lève :
C'était un jardin enchanté; Je m'y promenais, l'âme en fête; Les fleurs regardaient le poète Qui souriait à leur beauté.
Dans la verdure, le ramage Des oiseaux gazouillait encor ; Le soleil, rouge sur fond d'or, Empourprait pelouse et feuillage;
El comme grisé par l'odeur Chaude qui s'exhalait de l'herbe, 11 me semblait qu'en mon honneur Se donnait ce gala superbe.
Au milieu du jardin, chantait Au creux de sa vasque une eau claire.
Et, sur la margelle de pierre, Une jeune fdle lavait.
Ce jeune visage ingénu, Telle une blonde lèfe d'ange, Gomme je le trouvais étrange, Sans qu'il me semblât inconnu !
Et, hâtant son travail, la blonde lavandière Sourdement chantonnait d'une voix singulière :
« Fontaine, dans ton clair bassin
Blanchis bien ma toile de lin »,
Curieux, je m'approchai d'elle Et je lui demandai : « Pour qui Vous hâtez-vous donc tant, nia belle.
De laver ce linge aujourd'hui ?
— Ce linge, c'est votre suaire, »
El, m'ayant ainsi répondu.
Elle disparut, plus légère Que l'écume du Ilot chenu.
Puis, porté comme par magie Au fond d'une obscure forôt.
J'errais avec ma rêverie, Mes chagrins, mes pensers secrets.
Soudain, dans la paix forestière.
Un bruit monte : on dirait les coups D une cognée... Une clairière S'ouvre après des sentiers de loups ;
Au milieu, se dresse un grand chêne; Et, brandissant le fer pesant, C'est la vierge de la fontaine Qui frappe à grands coups le géant.
Tandis que, sous les coups, l'arbre craque et s'effaie, La jeune fille chante une chanson bizarre :
« Forte hache à la clarté blanche.
Prépare de solides planches ».
Plein de trouble et balbutiant,
Je regardai la vierge blanche
Et lui dis : « Pour qui donc ces planches
Dont vous parlez, ma belle enfant? »
Mais elle : « Le temps est venu :
Ces planches feront votre bière ».
Puis elle s'enfuit, plus légère Que l'écume du Ilot chenu.
Alors, en une lande aride Je fus transporté tout d'un trait, Et j'étais encore stupéfait De ce changement si rapide,
Lorsque, brusquement, au milieu De la lande, dans un espace Vide — dos plié, tête basse, — J'aperçois la vierge à l'œil bleu.
Maniant la bêche pesante.
Elle pioche avec âpreté, — Belle encor, mais d'une beauté Qui donne un frisson d'épouvante.
Et, tandis que le sol se creuse plus profond, La vierge pâle chante une étrange chanson :
« Ma bonne bêche au fer tranchant.
Creuse la terre plus avant «.
Angoissé, je m'approchai d'elle; Dans mon ell'roi mal déguisé, Je demandai : « Pour qui, ma belle, Cette fosse que vous creusez ?
— C'est là, dit-elle, que, dans l'ombre, Il faut que vous alliez dormir ».
Et, sur ce mot, je vois s'ouvrir Comme un gouffre la tombe sombre.
Malgré moi, j'y jette un regard, l.e sang bourdonne à mes oreilles.
J'ai peur, je frissonne... hagard, Je m'y lance et — je me réveille.
p]n rêve, je me vis en habit de soirée, En gilet de satin, en jabot empesé :
J'allais au bal, ainsi dûment adonisé, Et j'y trouvais ma belle, élégante et parée.
En m'inclinent, je dis : <^ Vous êtes fiancée : Qu'il me soit donc permis de vous féliciter ». Mais ces mots ne pouvaient sortir sans hésiter. Tant ma langue était sèche et ma gorge oppressée.
Mon amie éclata brusquement en sanglots ;
lAis larmes de ses yeux s'échappèrent à flots
Et, comme en un brouillard, disparut son image.
Eloilcs de Tamour, beaux yeux doux et rêveurs, \ ou-^ que, dans tous les temps, j'ai connus si men-
[teurs, J'ai beau faire ; je crois encor votre langage.
J'ai vu passer, en rêve, un pimpant petit homme. Haut juclîé sur talons, il faisait de grands pas ; Bel habit de drap fin avec linge blanc comme Delà neige; — au dedans, le dernier des goujats.
Au dedans, ce n'est rien qu'une pauvre poupée, .Mais portant haut un front orgueilleux et hardi, Parlant valeur, se faisant blanc de son épée Avec des airs pleins d'arrogance et de défi,
« Ne le connais-tu pas? » m'a dit le dieu des rêves. « Viens et vois ». Devant moi, ce disant, il élève Son miroir, et j'y vois un cortège d'iiymen.
Ma belle est, à l'autel, assise près du sire.
lis prononcent le « oui ». Dans un éclat de rire,
Tous les diables d'enfer leur répondent : « Amen ».
Je venais de quitter la maison de ma mie.
Je cheminai d'abord lentement, Tâme emplie
Des pensers inquiets qui flottent dans la nuit :
Pas une étoile au ciel, sur la terre nul bruit.
Puis, traversant à pas pressés le cimetière.
Oreille au guet et sans regarder en arrière,
J'arrivais au tombeau du vieux ménétrier,
Quand la lune, brillant comme un miroir d'acier,
Apparut et je vis surgir sous sa lumière
Une ombre qui médit : « Je t'attendais, confrère ».
C'est le iïïénétrier. Voici qu'il s'est assis
Sur la pierre de sa tombe cntr'ouverte; puis
D'un geste convulsif il saisit sa guitare.
Et chante, en chevrotant d'une façon bizarre :
« O ma guitare, par tes sons Une fois encor verse aux âmes
1. Nous n'avons pas Iranscril toutes les pièces du recueil (les Jeuneu Souffrances, où it y a peut-iUre trop de diableries pour notre j-oùt- Nous n'avons retenu que celles qui nous ont paru le plus propres à donner une idée delà première manière d'Henri Heine. — Les numéros sont ceux sous lesquels les pièces sont rangées dans l'édition Cotta du Buch\der Lieder {Colla'sche liibliolhe/i r/er Weltliteratnr).
L'ardeur de la vieille chanson Qui les brûla comme une flamme.
Les anges, au ciel, leur séjour, L'appellent : jouissance pure, Le diable : infernale torture, Les hommes la nomment : amour. »
Et, sur ce mot, je pus voir se dresser les pierres Des tombeaux et s'ouvrir d'un coup toutes les bières ; Et les morts, sous un ciel d'une étrange pâleur, Multitude dolente, entonnèrent en chœur :
« Amour, amour, c'est ta puissance 0"i nous a tous ici conduits :
Pourquoi troubles-tu le silence Où nous reposions dans la nuit? »
Puis un bruit de sanglots monta comme une houle, Mêlé de hurlements et de rauques clameurs. Le vieux ménétrier grattait avec fureur Sa guitare et, railleur, salua cette foule.
« Bravo! bravo ! bravo! vous tous. Amis, à tous la bienvenue!
11 convi'înt que je vous salue :
Vous êtes bien toujours des fous.
Vous qui, multitude lassée, Dormiez au fond du tombeau noir.
Engourdis ainsi que des loirs, Grûce au diable, j'ai pu vous voir, Sitôt ma parole lancée, Vous dresser hors de vos cercueils Et faire voler vos linceuls.
Nous avons été par le monde Les plus étranges songe-creux; Pris par la passion profonde, Nous ne sûmes qu être amoureux.
Puisque nul ne peut nous surprendre Et que nous sommes entre fous, Serait-il pas plaisant d'entendre Conter par quelques-uns de nous Leur histoire cruelle et tendre? »
Une ombre s'avança, mince comme un papier, Et voici ce qu'on put l'ouïr balbutier :
« Avec les ciseaux et l'aiguille J'étais un compagnon tailleur.
Fort habile et preste, d'ailleurs, Avec les ciseaux et l'aiguille.
Vint un jour une belle fille
Oui fil (les lambeaux de mon cœur
Avec les ciseaux et raiguillc
Du pauvre compagnon tailleur. »
Les fantômes en chœur éclatèrent de rire. LU second raconta sa brouille avec les sbires
« Bandits à la gloire immortelle, Schinderhanne, lîinaldini, Carlo Moor et lutti quanti, Voilà quels furent mes modèles.
En eux, tout d'abord, j'imitai Leur amoureuse extravagance :
J'adorai jusqu'à la démence Une déesse de beauté.
.Je pleurais à fendre la roche; Je perdis l'esprit, et ma main.
Distraitement, fouilla la poche Entr'ouverte de mon voisin.
Aussitôt des sbires en armes M'empoignent, ne voulant pas voir
Que j'avais, pour sécher mes larmes, Cherché simplement un mouchoir.
Solidement on me garrotte ;
Puis, toujours escorté de près,
Chaîne aux pieds, aux poings des menottes.
En prison je fus mis au frais.
J'y fis des chaussons de lisière, Toujours épris... Dans ce lieu clos La mort vint enfin, et sous terre J'allai rejoindre mes héros. »
Les fantômes en chœur éclatèrent de rire. Frisé, fardé, grimé vint un troisième sire :
« J'étais un roi de tragédie; Je jouais les grands amoureux :
Je rugissais : Ah ! terre et cieux !
Et soupirais : 0 tendre amie!
Mortimer était mon beau rôle :
Marie avait tant de beauté 1 Mais elle haussait les épaules A mes cris d'amour exalté.
Un jour, l'âme désespérée,
« Maria ! » fis-je, suppliant,
Et je m'enfonçai mon épée
Dans le corps un peu trop avant. «
Les fantômes en chœur éclatèrent de rire. Un écolier râpé vint, à son tour, leur dire :
« Monsieur le professeur, dans sa chaire, bavarde. Moi, je dors de bon cœur, étendu sur un banc. Pourtant j'aimerais mieux veiller dans la mansarde Où trottine, là-haut, la fdle du pédant.
Car elle m'a souri de sa bouche jolie, Elle, la fleur des fleurs, mon rayon du matin... Las ! cette fleur des fleurs à la fin fut cueillie Par la main d'un brutal et riche philistin.
Au diable les richards ! au diable les coquettes ! C'est pourquoi j'ai mêlé l'opium à mon vin Et dit, levant mon verre à la Mort : es-tu prête? Elle m'a répondu : Prosit ! en bon latin. »
Les fantômes en chœur éclatèrent de rire. Alors parle un pendu, pâle comme la cire :
« Quand nous buvions rasade ensemble, le vieux
[comte
Vantait toujours très fort sa fille et ses bijoux. Moi je pensais : bijoux ne sont rien à mon compte ; Ce que je veux avoir, c'est ta fille aux yeux doux.
Fille et bijoux étaient mis sous triple serrure, Et le comte payait des serviteurs fort sûrs. Mais des laquais et des verroux je n'avais cure : Certain soir, j'entrepris l'escalade des murs.
Je grimpais hardiment au logis de la belle. Lorsque, d'en bas, soudain l'on mène grand émoi. J'entends la voix du comte : eh ! l'ami, criait-elle. Tout beau ! car j'aime fort les bijoux aussi, moi.
Et, sur ces mots railleurs, l'on me prend, l'on
[m'assaille.
Les valets font pleuvoir les bourrades, les coups ; Au diable ' leur criais-je; arrière, valetaille! J'en avais à la fille et non pas aux bijoux.
Mais j'avais beau prêcher ; voici que l'on me passe Une corde solide et longue autour du col. Au matin, le soleil contempla la grimace Que je faisais, piteux, à quatre pieds du sol. »
Les fantômes en cliœur éclatèrent de rire. Puis un décapité leur narra son martyre :
Pour divertir mon âme de sa peine Je lus au Lois, mon fusil sous le bras. Là j'entendis un corbeau sur un chêne Qui croassait : Tête à bas! tête à bas!
Près de moi, part une colombe blanche : A ma beauté, dis-je, j'en ferai don ; Et jfe la suis de l'œil, de branche en branche, Par les halliers, les taillis, les buissons.
Qu'ai je entendu? quel estce bruit? Serait-ce Deux ramiers qui se béquètenl ainsi ?
Arme en arrêt, je cherche... Les voici... Mais qu'ai-je vu? Grands dieux! C'est ma
[maîtresse, C'est ma colombe ! A ses côtés penché. Un étranger la couvre de caresses...
Çà, bon chasseur, visons avec adresse.
P'eu ! l'étranger dans son sang est couché.
Sur ce, l'on vient, on me lie, on m'entraîne Vers le bourreau qui ne languira pas.
Et j'entendis le corbeau sur son chêne Qui croassait : Tête à bas! tête à bas ! »
Les fantômes en chœur éclatèrent de rire. Et le ménétrier, pour terminer, soupire :
« Jadis, que de belles chansons Accompagna ma mandoline!
Mon cœur est mort dans ma poitrine.
Finis les vers et les doux sons! »
Le rire s'éleva plus frénétique encore.
Une ronde entraîna tout le pâle troupeau ; Mais, quand vibra lecoup d'une heure en l'air sonore, Les spectres, en hurlant, rentrèrent au tombeau.
J'évoquai maint spectre autrefois :
J'avais la formule fatale.
Ils ne veulent plus, à ma voix.
Rentrer en la nuit infernale.
J'ai perdu, par Thorreur surpris.
Le mot que m'enseigna le mire. Ce sont aujourd'hui les esprits Qui m'évoquent dans leur empire.
Mais, démons, vous croiriez à tort Oue votre proie est déjà prête ; Non pas, et sous le ciel en fêle Je peux vivre et jouir encor.
Ma fleur d'amour et de mystère, Je veux encor la respirer.
A quoi bon rester sur la terre, Si je ne devais plus l'aimer?
Une seule fois, sur la bouche, Je voudrais pouvoir l'embrasser Et, contre mon cœur, la presser D'une étreinte douce et farouche.
Rien qu'une seule fois, je veux Ouïr de sa bouche un mot tendre...
En votre empire ténébreux.
Libre à vous alors de me prendre.
Et les démons m'ont entendu.
Mais hochent leur tête cruelle.
A tes pieds me voici, ma belle :
M'aimes-tu, réponds, m'aimes-tu ?
Je dis, sitôt que l'aube a lui :
« Verrai-je bientôt mon amante? »
Le soir, je pleure et me lamente :
(( Je ne l'ai pas vue aujourd'hui ».
Mon souci, toujours en éveil, Change mes nuits en insomnies, El le jour passe en rêveries Comme dans un demi-sommeil.
Malgré moi, sans répit, je suis en mouvem^nt^. Attends quelques moments encore, cœur fidèle, Et lu pourras la voir, la belle entre les belles... Pourquoi donc, ô mon cœur, bats-tu si follement?
Les heures, il est vrai, sont par trop indolentes ; Sur la route du jour elles vont en bâillant Et ne marchent que pas à pas, languissamment. J'ose vous en prier, heures, soyez moins lentes.
Voyez, je suis brûlé d'un désir fiévreux... N'avez-vous donc aimé jamais, heures cruelles? Vous faites-vous un jeu du tourment qui harcèle Le cœur impatient des pauvres amoureux?
Dans le bois, tout à ma douleur, Je me promenais sohtaire, Lorsque le rêve de naguère Revint se ghsser dans mon cœur.
« Dites, oiseaux, celle parole Que vous chantez, qui vous l'apprit ?
Silence ! quand mon ccjcur l'ouït.
Je sens une .souffrance folle.
— Une vierge aux longs cheveux d'or.
En passant, la disait î-ans cesse, (^etle parole enchanteresse.
Il nous semble l'entendre encor.
ââ
CHANSONS ET POÈMEÔ
— Oiseaux rusés, pas de mensonge !
Vous voulez voler mon secret.
C'est en vain, et nul ne saurait , Dérober la clef de mon songe. »
Mets ta petite main contre mon cœur, ma chère. Écoute: entends-tu pas quel tapage il s'y fait? Un méchant charpentier y travaille à ma bière Et son marteau bruyant jour ni nuit ne se tait.
Lorsque l'aube paraît, quand viennent les ténèbres, Le bourreau ne veut pas cesser de travailler. Allons, maître, finis ta besogne funèbre Et qu'il me soit permis enfin de sommeiller.
Berceau charmant de ma tristesse.
Belle tombe de mon repos, Avec des pleurs et des sanglots, 0 belle cité, je te laisse.
iEUNES SOUFFRANCES 23
Adieu donc à ce seuil sacré Qui voit passer ma bien-aimée ; Adieu, cette place sacrée, Où d'abord je la rencontrai.
Pourquoi donc, un jour, l.'ai-je vue, Toi, la souveraine des cœurs ?
N'est-ce pas de t'avoir connue Que m'est venu tout mon malheur?
Je ne voulais pas à ton âme Mendier l'aumône d'amour; Je ne demandais, chère femme.
Que de vivre où tu vois le jour.
Mais, avec des paroles dures.
Tu m'as chassé je ne sais où, Et je souffre à devenir fou D'avoir reçu cette blessure.
Oui, lamentable pèlerin, Je chancelle, parfois je tombe, Et j'attends que la mort enfin Vienne m'endormir dans la tombe.
Dans le Rhin clair comme un miroir, Les rocs couronnés de châteaux Se mirent ; mon léger baleau Cingle dans la pourpre du soir.
Tandis qu'indolent spectateur J^assiste aux jeux du flot vermeil, Voici, voici venir l'éveil De tout ce qui dort en mon cœur.
Resplendissant sous les rais d'or, Le tkuve m'attire et sourit ; Mais je sais bien que, dans son lit, 11 cache la nuit et la mort.
De même en csl-il de Tenfant Qui m'a fait un mal si cruel :
Elle a ton souris séduisant, O fleuve, et ton attrait mortel.
J'ai cru que je devais mourir De cet indicible tourment.
Je peux aujourd'hui le souffrir, Mais ne saurais dire comment.
De paillon, de cyprès et de boutons de rose, 0 mon livre, je veux que vous soyez paré : Vous êtes à mes yeux comme un tombeau sacré Où mes jeunes chansons à jamais sont encloses.
Que n'y puis-je à la fois enfermer mon amour ! Car la fleur du repos, amour, croît sur ta tombe. Mais je n'espère pas de l'y cueillir un jour : Avant toi, mon amour, il faut que je succombe.
Tel un torrent de lave échappé de l'Etna, Ils ont jailli jadis du profond de mon âme, Ardents, impétueux, tout pétillants de flamme, Ces beaux vers amoureux qui maintenant sont là.
Aujourd'hui, les voilà pâles comme la brume. Semblables à des morts, froids et silencieux... Mais qu'un souffle d'amour vienne à passer sur eux. Et déjà leur ardeur d'autrefois se rallume.
âti CHANSONS ET POÈMES
Oui, maint pressentiment s'éveille en moi soudain : L'amour, ô mes chansons, va vous rendre la vie. En un lointain pays ce livre, mon amie, Peut-il pas quelque jour tomber entre vos mains?
Et le charme est rompu : les pâles caractères D'un regard suppliant contemplent vos beaux yeux. Et voici que revit leur ardeur de naguères, Et l'amour chante encore en mes vers douloureux.