VIII. — Tempête
Voici que, déchaîné, l'orage, De son ibuel frappant la mer, Sous ses coups la fait écumer Et se cabrer, rude et sauvage.
Notre vaillant petit vaisseau, D'un élan vigoureux, gravit jusqu'à leur cime
De vivantes montagnes d'eau Et, soudain, d'un seul coup, replonge dans l'abîme.
0 mer, loi qui donnas naissance à la beauté.
Toi qui lis sortir de ton onde
Aphrodite à la tresse blonde, Grand'mère de l'Amour, que ton Ilot irrité S'apaise enfin. Déjà, la sinistre mouette Erre comme un fantôme auprès de notre bord. Elle aiguise son bec au grand mât, elle guette
Le moment prochain, où la mort Lui permettra de dévorer dans ma poitrine Ce cœur tout plein du los de ta fille divine. Et dont ton petit-fils, cruel mauvais sujet,
S'est fait de tout temps un jouet.
Vœux superflus, vaine prière :
Mes cris se perdent dans là nuit :
Le vent redouble sa colère ; 11 siin,., sonflle, gronde, il miaule, il mugit: C'est comme un hôpital de déments mélomanes,
Et, dans ce vacarme, parfois, Je distingue le son d'une harpe qui plane,
Et je reconnais une voix.
Sur les rocs de l'Ecosse, une muraille grise Surplombe l'Océan ; dans ce petit château
Une jeune femme est assise Et regarde parfois sur le lointain des eaux.
Pensive, languissante, pâle,
Transparente comme l'opale.
Elle touche sa harpe, et chante, et ses cheveux • Voltigent déroules au souffle de la bise
Oui, sur les flots capricieux.
Porte sa chanson indécise.