‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 26 sur 39 · VIII. — Tempête · texte numérisé non relu

VIII. — Tempête

Voici que, déchaîné, l'orage, De son ibuel frappant la mer, Sous ses coups la fait écumer Et se cabrer, rude et sauvage.

Notre vaillant petit vaisseau, D'un élan vigoureux, gravit jusqu'à leur cime

De vivantes montagnes d'eau Et, soudain, d'un seul coup, replonge dans l'abîme.

0 mer, loi qui donnas naissance à la beauté.

Toi qui lis sortir de ton onde

Aphrodite à la tresse blonde, Grand'mère de l'Amour, que ton Ilot irrité S'apaise enfin. Déjà, la sinistre mouette Erre comme un fantôme auprès de notre bord. Elle aiguise son bec au grand mât, elle guette

Le moment prochain, où la mort Lui permettra de dévorer dans ma poitrine Ce cœur tout plein du los de ta fille divine. Et dont ton petit-fils, cruel mauvais sujet,

S'est fait de tout temps un jouet.

Vœux superflus, vaine prière :

Mes cris se perdent dans là nuit :

Le vent redouble sa colère ; 11 siin,., sonflle, gronde, il miaule, il mugit: C'est comme un hôpital de déments mélomanes,

Et, dans ce vacarme, parfois, Je distingue le son d'une harpe qui plane,

Et je reconnais une voix.

Sur les rocs de l'Ecosse, une muraille grise Surplombe l'Océan ; dans ce petit château

Une jeune femme est assise Et regarde parfois sur le lointain des eaux.

Pensive, languissante, pâle,

Transparente comme l'opale.

Elle touche sa harpe, et chante, et ses cheveux • Voltigent déroules au souffle de la bise

Oui, sur les flots capricieux.

Porte sa chanson indécise.

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