II. — Orage
L'orage, avec un bruit sourd, couve sur la mer.
A travers la muraille épaisse des nuées
A brusquement vibré la flamme de l'éclair
Éteinte aussitôt qu'allumée.
Ainsi qu'un trait d'esprit lancé par Jupiter.
Sur les flots noirs, parmi la houle,
Longuement le tonnerre roule.
Les chevaux blancs de Posidon, Fils de Borée et des cavales d'Érichton, .
Fougueux, se sont cabrés, tandis que les mouettes Errent, avec des cris désespérés, sur l'eau.
Comme ces ombres inquiètes Que Charon ne veut point passer en son bateau.
Cependant, quelle étrange et folle sarabande Danse notre vaisseau sur les Ilots furieux !
Kolus a lâché la bande
De ses souffleurs les plus fougueux.
L'un comme un fifre aigu, siffle ; cet autre gronde
Ainsi qu'une basse profonde.
Ouand survient un branle nouveau, Le pilote, à la barre, anxfeux, se désole.
Les yeux fixés sur la boussole.
Ame tremblante du vaisseau.
Il invoque, pour le sauver de la tempête. Castor le cavalier, Polydeukès l'athlète.
II L — Le Naufragé.
Espoir! Amour! Tout est brisé, tout est fini !
Et je suis, moi, comme un cadavre, Qu'avec mépris le flot sur le sable a vomi. Sur le rivage désolé, loin de tout havre.
— Devant mes yeux s'étend le désert de la mer; Derrière moi, ce n'est que peines endurées;
Sur mon front, voguent les nuées.
Ces informes filles de l'air, Oui vont puiser de l'eau dans de grçinds seaux de
Et, la traînant avec effort, [brume
La laissent retomber parmi des flots d'écume
Dans l'abîme dont elle sort :
Fâche qui ne pourra jamais être finie, Travail fastidieux et vain, comme ma vie.
De vieux souvenirs se sont éveillés Tandis que le flot gronde et la mouette crie : Je vois se ranimer les images pâlies
De rêves anciens oubliés.
Dans un pays du Nord est une femme, belle
D'une merveilleuse beauté ; Un long vêlement blanc drape avec volupté Sa taille de cyprès, sa taille souple et frôle.
En boucles, ses soirdires cheveux, Telle une nuit d'ainoui- cl de mystère,
S'échiipp(Mit de s;i Iric allière
Et s'enroulent, capricieux,
r.A MER ni- xoiii. 021
Autour de son paie visa^^e Où rayonnent des yeux dont l'éclat est pareil, Ardent et chargé dorage, A l'éclat d'un noir soleil.
Noir soleil, que de fois lu m'as versé la flamme Dun enthousiasme divin Oui, plus capiteux que Je vin, Emplissait d'ivresse mon âme.
D'autres fois, un souris de douceur et d'espoir Arquait légèrement les belles lèvres roses Oui me disaient des mots frais comme fleurs écloses Et doux comme un rayon de l'étoile du soir ; Et mon cœur, au bonheur se reprenant encore S'elançait vers le ciel, frissonnant et ravi.
Mouettes, taisez-vous ! silence, flot sonore ! Espoir, amour ! Amour, espoir! tout est fini !
Comme l'épave d'un naufrage,
A terre me voilà gisant
Et je colle mon front bridant
Au sable humide du rivage.