X. — Baltliazar
Sous la lune, dont la course s'en va finie, Babylone, silencieuse, est endormie.
Mais au palais du roi, flamboyant dans la nuit, Esclaves, conviés se pressent à grand bruit,
Et l'on entend monter dans la salle splendide La rumeur du festin que Balthazar préside.
Les courtisans, vêtus d'habits bariolés.
Boivent le vin fumeux dans l'or des gobelets ;
Mêlée au cliquetis joyeux, leur flatterie Exalte Balthazar, le grise de folie ;
Il sourit. Son teint mat de rougeur s'est teinté ; De son cœui- à sa lèvre un blasphème a monté,
Et, lançant vers le ciel les défis et l'insulte, Dans le fracas croissant de l'orgie, il exulte.
Un esclave, soudain, sur un de ses regards, Sort de la salle, puis reparaît sans retard.
Et, de ses bras levés, il soutient sur sa tète
Des vases saints, ravis aux Juifs par la conquête.
Balthazar en prend un, jusqu'au bord le remplit. Puis, l'ayant épuisé d'une rasade, il dit :
« Pauvre Dieu des Hébreux, ta puissance est finie . Balthazar, roi de Babylone, te défie ! «
Mais à peine ce mot élail-il prononcé
Qu'un frisson glacial en son cœur s'est glissé;
Le rire, si bruyant tout à l'heure, s'apaise ; Un silence de mort sur les convives pèse.
lîegardez! regardez! là-bas, sur le mur nu. Quelque chose comme une main d'homme a paru
Qui trace avec du feu d'étranges caractères, Puis disparaît soudainement dans le mystère.
Pendant que ses genoux frémissent, Balthazar, Livide, vers le mur tourne des yeux hagards;
Ses hôtes, elïarés, restent muets et sombres. Et l'on entend leurs dents s'entrechoquer dans
I l'ombre.
En vain fit-on venir les mages; pas un d'eux Ne put interpréter les mots mystérieux ;
Mais avant que la nuit ne se fût achevée, Le roi, trahi des siens, périssait par l'épée.