LES RIVES DU CLAIN
A mon compatriote et ami Arthur Ranc.
Par un matin, souriant dans la brume, O vieux Poitou, tu parais à mes yeux, Avec tes prés où paissent les grands bœufs, Avec tes bois que le genêt parfume !
Tout parle ici de mon lointain passé : De blonds enfants c'est un essaim folâtre; C'est un refrain qui jadis m'a bercé, Et que là-bas va répétant le pâtre.
Rives du Clain, ô mes amours, Avec bonheur je vous revois toujours !
Je vous revois, témoins de mon enfance, Riants coteaux de moi si bien connus, Sentiers ombreux, où souvent, les pieds nus, J'allais courir, riche d'insouciance.
Doux souvenirs do mon jeune printemps, Vous rappelez à mon âme attendrie Bien des bonheurs emportés par le temps. O sol natal, jamais on ne t'oublie !
Rives du Clain, ô mes amours, Avec bonheur je vous revois toujours !
Voici Poitiers, ville antique des Gaules; Voici le Clain dont les eaux de cristal, Par cent détours, sur un lit inégal, Paisiblement s'écoulent sous les saules.
J'ai bien souvent, lorsque j'étais petit, Faisant ici l'école buissonnière, Trouvé de quoi tromper mon appétit Dans les mûriers qui bordent la rivière. Rives du Clain, ô mes amours, Avec bonheur je vous revois toujours !
De tous côtés, aux bras de leurs bacchantes, Je vois partir les joyeux vendangeurs'; Pour le pressoir ils vont sur les hauteurs Couper la grappe aux perles provocantes. Le teint vermeil et la main dans la main, Ils reviendront, lorsque le jour expire, Chantant l'amour et semant en chemin Tendres baisers et francs éclats de rire. Rives du Clain, ô mes amours, Avec bonheur je vous revois toujours !