POUR PLAIRE A MADELEINE
A Madame Antonia Bossu.
Madeleine était presque enfant Quand, au hameau, je l'ai connue ; Son grand œil bleu, miroir charmant, Reflétait son âme ingénue.
On eût dit la nymphe des prés, A la voir courir sous les saules, Avec ses longs cheveux dorés, Dansant sur ses rondes épaules.
La mignonne avait pris mon cœur.
Elle y régnait en souveraine, Et je n'avais qu'un seul bonheur :
C'était de plaire à Madeleine.
POUR PLAIRE A MADELEINE 6<j
A tous les vœux qu'elle formait, D'avance il me fallait souscrire ; Il est vrai qu'elle me donnait Ma récompense en un sourire.
Et pour ces sourires bénis, Valant tous les trésors du monde, J'allais chercher des fleurs, des nids.
Deux choses qu'adorait ma blonde.
Vingt fois, pour avoir des oiseaux, Grimpant au faîte du vieux chêne, Je faillis me rompre les os...
C'était pour plaire à Madeleine.
Tout le long des buissons en fleur, Quand revenaient les gais dimanches.
Nous allions, comme frère et sœur, Cueillir les aubépines blanches ; Un jour, je crus devenir fou :
Le printemps me versait sa fièvre.
Je pris un baiser sur son cou, Je mis ma lèvre sur sa lèvre...
Mais dans son regard courroucé Comprenant ma faute et sa peine, ' Je m'enfuis comme un insensé :
C'était pour plaire à Madeleine.
Enfin, après de bien longs jours. Je suis l'époux de Madeleine.
Le Ciel a béni nos amours ; Les enfants viennent comme graine.
Prenant d'assaut bras ou genou, Il faut voir tout ce petit monde Venir se suspendre à mon cou, Comme une grappe rose et blonde.
Chaque année, un nouveau bambin Nous vient...; la maison en est pleine. Mais bah ! je bénis mon destin.
Puisque ça plaît à Madeleine !