‹ Chansons et toastsChapitre 37 sur 100 · BOUTADE · texte numérisé non relu

BOUTADE

Aimable Muse, il faut cesser, ma mie.

De nous livrer à ce penchant fatal.

Qui rarement mène à l'Académie, Mais plus souvent conduit à l'hôpital.

Ne chantons plus; j'ai su, par aventure. Qu'Anastasie en voulait à nos airs...

Puisqu'il nous faut passer à la Censure. Muse, crois-moi, ne faisons plus de vers !

En voyageant vers la double colline.

Plus d'un écueil nous arrête en chemin ; Chez l'éditeur fait toujours triste mine Tout pauvre auteur qui vient tendre la main. Pour arriver à la gloire qui grise, Il nous faudra, par cent couplets pervers, Louer Plutus, encenser la Sottise.

Muse, crois-moi, ne faisons plus de vers!

Et puis, que dire à ce public frivole. Pour la moitié ramolli jusqu'aux osr De Loyola nous goûtons peu l'école, Il faudrait donc se garder des cagots: Quelque chanson trop librement écrite, Tombant chez eux, nous conduirait aux fers Pour éviter cette engeance hypocrite, Muse, crois-moi, ne faisons plus de vers !

Quand nous ferions et referions l'histoire

De l'opulent et du déshérité,

Prouverions-nous, pourrions-nous faire croire

Que nous avons sauvé l'humanité ?

Pour quelques gens heureux, en cette vie.

Combien, hélas ! attristent l'univers.

Tu n'es pas faite à la mélancolie,

Muse, crois-moi, ne faisons plus de ver-- !

Oui, je le sais, je veux admettre encore. Rimant toujours sans en faire un métier, Que, quelque jour, le Dieu des vers m'honore, Au double mont, d'un rameau de laurier. Mais, pour aller chez les neuf Immortelles, Lorsque je pense aux maux qu'il a soufferts. L'ardent Pégase a-t-il encor ses ailes?

Muse, crois-moi, ne faisons plus de vers !

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