‹ Chansons et toastsChapitre 44 sur 100 · C'EST LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

C'EST LE PRINTEMPS

A mon cher BoudouresquB .

Les vents ont suspendu Leur complainte chagrine; Les vallons ont perdu Leur blanc manteau d'hermine; Le Soleil au buisson Donne un premier sourire, Et Mars, enfin, expire Dans un dernier frisson.

Des fleurs plein sa corbeille, Des chansons plein la voix, C'est encore une fois Le Printemps qui s'éveille !

c'est le printemps! 79

Avril revient, vermeil, Tout s'anime et s'apprête A chanter son réveil, La nature est en fête !

Jetant aux alentours Ses notes les plus franches, Le pinson pend aux branches Un nid pour ses amours.

Des fleurs plein sa corbeille, Des chansons plein la voix.

C'est encore une fois Le Printemps qui s'éveille !

Déjà le franc buveur, Interrogeant les treilles, Du bourgeon en sa fleur Escompte les merveilles.

Le laboureur sourit, Quand, pour prix de sa peine, Il revoit dans la plaine Seigle ou blé qui grandit !

Des fleurs plein sa corbeille, Des chansons plein la voix, C'est encore une fois Le Printemps qui s'éveille !

Par d'éternelles lois, Réglant toute harmonie, O Terre, je te vois Sans cesse rajeunie !

C'est que dans les longs jours Où tu semblés muette, Tu prépares, coquette, Tes plus brillants atours !

Des rieurs plein sa corbeille, Des chansons plein la voix, C'est encore une fois Le Printemps qui s'éveille !

De la terre amoureux, Déjà l'astre superbe Caresse de ses feux Arbre, fleur ou brin d'herbe; Toi qui fais tout germer, Source vive et féconde, Soleil, père du monde, Fais aussi tout s'aimer !

Des fleurs plein sa corbeille, Des chansons plein la voix, C'est encore une fois Le Printemps qui s'éveille !

Chantons la Muse aimable,

Celle qui, sans façon,

Les coudes sur la table,

Dit sa folle chanson.

Au chant nébuleux et maussade, Qu'enfante maint cerveau chagrin, Opposons un joyeux refrain Qu'on répète en buvant rasade.

Chantons le vin qui donne

Bonne humeur et santé;

C'est au fond d'une tonne

Que naquit la gaîté.

Le vin ôte à nos fronts moroses Les plis qu'y peut creuser le temps; Il fait de la vie un printemps Dont nous ne voyons que les roses.

Chantons notre maîtresse, Et cherchons, chaque jour, Notre unique richesse Dans le vin et l'amour.

L'or qu'on fait tinter à l'oreille Peut-il égaler le doux son Ou d'un franc baiser de Suzon, Ou des glougous d'une bouteille !

Si sur la rive noire Nous pouvions emporter Notre verre pour boire, Notre luth pour chanter, Francs amis de la chansonnette.

Alors nous irions chez Pluton, Avec Collé, Panard, Piron, Fonder une immense Goguette!

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