LE ZÉNITH
A la mémoire des aéronautes Grocê-Spinelli et Sivnl
Pour commencer le périlleux voyage
Qui les menait à l'immortalité,
Ils étaient trois, ayant même courage,
Même énergie et même volonté.
Fiers et joyeux, vers cette voûte immense,
Où nous voyons des mondes resplendir,
Hardis marins, soldats de la science,
Ils sont partis, pour vaincre ou pour mourir.
Le monde entier vous pleure et vous bénit. Honneur à vous, ô martyrs du Zénith !
Ils sont partis, le cœur plein d'espérance.
Et, sillonnant les lumineux chemins,
Ils se disaient, sourds à toute souffrance :
Elargissons les horizons humains.
Dans l'éther bleu s'envole la nacelle,
Mais la mort veille : elle a compté leurs jours.
L'air va manquer... Bah! la route est si belle.
Montons plus haut, amis, montons toujours !
Le monde entier vous pleure et vous bénit. Honneur à vous, ô martyrs du Zénith !
Montons encore! Au-dessus de ces nues Que de secrets à nos yeux sont voilés ! Nouveaux Colombs, en des mers inconnues. Cherchons, fouillons les pays étoiles.
Mais non, jaloux de garder son mystère, L'Infini dit à ces audacieux :
« Pauvres mortels, retournez à la terre, « Il faut mourir. » Et la mort en prit deux.
Le monde entier vous pleure et vous bénit. Honneur à vous, ô martvrs du Zénith !
(*) M. Tissandier survécut seul à cette catastrophe