‹ Chansons et toastsChapitre 48 sur 100 · A CEUX QUI M'ENGAGENT A CHANTER · texte numérisé non relu

A CEUX QUI M'ENGAGENT A CHANTER

Je n'ai trouvé chez les mortels Que sottise, égoïsme et vice; A l'imposture, à l'injustice, J'ai vu se dresser trop d'autels.

Depuis qu'en leur sombre furie J'ai vu les loups venus du Nord, Semant la terreur et la mort, Souiller le sol de ma patrie.

Depuis que d'écueil en écueil Mon pays meurt de sa souffrance. Quand il ne reste de la France Que la ruine et que le deuil.

Quand je vois, tableaux lamentables, Tant de pleurs et tant de tombeaux, Quand je pense que tant de maux Sont l'œuvre de deux misérables. (*)

Quand j'ai vu, frissonnant d'horreur, Le frère acharné sur le frère, Le fils fusillant le vieux père, Le frère massacrant la sœur.

{*) Bismarck, Napoléon III.

Quand j'ai, dans la Ville-Lumière, Soleil éteint qui fut Paris, Vu plus de cadavres pourris ()ue n'en contient un cimetière.

Lorsque j'ai vu, profond dégoût, Honte pour la mémoire humaine, Se mêler aux eaux de la Seine Le sang coulant à plein égout.

Quand je vois, les yeux vers la terre, Pleurer de petits enfants nus, , Orphelins qui ne verront plus Ceux que leur a volés la guerre.

Non, non, je suis petit pinson, Je redoute les jours moroses; Je ne chante qu'au temps des roses, Et l'hiver je tais ma chanson.

Juin 1811.

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