‹ Chansons et toastsChapitre 54 sur 100 · POUR ELLES · texte numérisé non relu

POUR ELLES

Avec notre soif de réclame, Nous perdons toute dignité; Le respect qu'on doit à la femme Est mort avec notre gaîté.

Il semble qu'un vent de folie, En ce siècle d'impiété, Emporte tout, et qu'on oublie Jusqu'au culte de la beauté.

Adieu les légendes naïves !

Au mauvais fruit on a mordu.

On veut des choses positives :

Le réalisme a tout perdu.

Adieu la fable vénérée De Philémon et de Baucis !

Ainsi qu'une vile denrée, L'amour a son tarif précis.

Cupidon porte une casquette, Et tient bazar sur le trottoir.

Vénus est une gigolette, Et son autel est un comptoir.

EtBllOTHECA Ottavien*]L

IOO CHANSONS

Mais, bah ! que vous importe, ô femmes, Le goût du jour si criminel, Et les sots et leurs épigrammes ?

Votre pouvoir est immortel !

Car, en dépit des gens moroses Qui n'entendent rien aux amours, Vous êtes les étoiles roses Qui brillent sur nos sombres jours.

Je ne sais quelle fièvre ardente, S'emparant de certains cerveaux, Fait de vous plus d'une pédante, Prétendant à nos grands travaux.

On en voit de ces pâles folles, Monocle à l'œil, l'air doctoral.

Poseuses aux propos frivoles.

Abjurant un sexe idéal.

Oh ! les laides caricatures, Aux mâles et gauches façons !

Oh ! les vilaines créatures, Moitié filles, moitié garçons !

POUR ELLES IOI

Les voyez-vous, ces doctoresses, Affectant des airs masculins, De leurs bras faits pour les caresses Gesticuler sur des tre'mplins ?

Voyez-vous la blonde ou la brune, S'en allant d'un pas triomphant Pérorer à quelque tribune, Pendant que pleurera l'enfant?

Voyez-vous la femme charmante Armant sa délicate main D'un scalpel et, grave savante, Fouiller les chairs du corps humain ?

Non, non, restez ce que vous êtes Des êtres doux et gracieux; Le plaisir, l'âme de nos fêtes, Le charme du cœur et des yeux.

A quoi bon ? qu'avez-vous à faire De connaître nos durs labeurs, Quand votre seul rôle est de plaire, Et de tenir captifs nos cœurs?...

Songez que, dans tous les empires.

L'homme se soumet à vos lois ; Qu'avec un seul de vos sourires Vous conduisez sujets et rois.

Pour moi, fils des anciens trouvères, Suivant de bien douces leçons, Amantes, sœurs, épouses, mères, Je vous célèbre en mes chansons.

La chanson que je divinise, Si je l'aime en amant jaloux, C'est qu'elle a votre grâce exquise, Et qu'elle est femme comme vous.

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