LA FUSION
Rééditant leurs sinistres exploits, Les Prétendants, race à jamais maudite, Ont mis à prix notre vieux sol gaulois, Donnant la main aux marchands d'eau bénite. On veut le trouble et la contusion, Pour assouvir une antique rancune, Contre le peuple on fait cause commune : C'est la fusion !
Avril renaît et sème dans les bois Les nids, les fleurs, les tapis de verdure ; Tout prend une âme, une forme, une voix : C'est le réveil de la mère Nature.
Dans tous les cœurs faisant invasion, L'Amour s'en va rôder sous les charmilles ; On voit s'unir les garçons et les filles... C'est la fusion !
Embrasez-vous, noirs et vastes fourneaux, Que dans vos flancs, comme un bouillant cratère, Coulent en feu ces utiles métaux.
Que les humains arrachent à la terre ! Plomb, cuivre ou fer mis à profusion Dans les creusets, où tout se purifie, Iront bientôt servir notre industrie :
C'est la fusion !
Guidant le Monde à de nouveaux destins, Le Progrès vole et porte sur ses ailes La liberté dans vingt pays lointains : On voit s'unir bien des mains fraternelles. Les peuples, las de la division, Brisant partout leurs armes meurtrières, Font des outils pour percer les frontières.. C'est la fusion !
Crésus repus, déshérités du sort, Mortels coiffés ou non d'une couronne, Il nous faut tous aller au sombre bord ; Il faut partir quand la Parque l'ordonne. Le Temps qui fait sa funèbre moisson, Met, puisqu'il faut qu'ici-bas chacun meure, Rois et sujets dans la même demeure : C'est la fusion !