EN CUEILLANT LA VIOLETTE
Merle bavard, et bouvreuil, et linotte, Chantaient avril qui fait les cœurs contents; Grand ou petit, chacun avait sa note Pour célébrer le retour du printemps ; Et nous allions, butinantes abeilles, Par la campagne aux riantes couleurs, Moi, me grisant de ses lèvres vermeilles. Elle, courant, folle, parmi les fleurs.
Lorsque j'ai rencontré Rosette, Quand commencèrent nos amours, Ah ! je m'en souviendrai toujours, C'est en cueillant la violette !
Le soir venu, j'emmenais la fillette,
Pendant un mois mon logis fut joyeux,
Nos clairs baisers chantaient dans la chambrette,
Nous trouvions-là le Paradis à deux.
Nous nous jurions une ivresse éternelle,
Quand, un matin, (car hélas, tout finit I)
Je restai seul : l'inconstante hirondelle
Sous d'autres toits avait caché son nid !
Et je ne revis plus Rosette, L'ingrate oublia nos amours ; Mais, pour moi, j'y pense toujours Lorsque fleurit la violette.