LE RETOUR DE LA CHANSON
Dans un jour fatal à nos armes.
J'ai laissé sur les bords du Rhin, Pour consoler la France en larmes, Mes grelots et mon tambourin.
En ce temps de deuil, de misère, Où plus d'un cœur s'est révolté, Moi, Chanson, aussi j'ai jeté Mon cri de rage et de colère.
Je suis la vieille Chanson, Celle qu'on croyait morte, Je reviens. J'ai fait ma moisson De chants de toute sorte; Non, non, elle n'est pas morte, La vieille Chanson !
Chantons, amis, chantons quand même, Chantons le printemps et ses fleurs; Chantons l'amour, ce bien suprême, Le vin qui réjouit les cœurs; Chantons le soleil qui féconde Et fait mûrir les épis d'or; Chantons notre plus cher trésor : La Liberté, reine du Monde !
Je suis la vieille Chanson, Celle qu'on croyait morte, Je reviens. J'ai fait ma moisson De chants de toute sorte; Non, non, elle n'est pas morte, La vieille Chanson !
l46 CHANSONS
Rieuse, folle, vagabonde,
Suivant mon caprice et mon goût,
Semant mes refrains à la ronde,
Je vais... mais, française avant tout,
S'il fallait qu'un jour, — n'en déplaise
A toute la horde des rois, —
On osât toucher à nos droits...
Je me referais Marseillaise !
Je suis la vieille Chanson, Celle qu'on croyait morte, Je reviens. J'ai fait ma moisson De chants de toute sorte; Non, non, elle n'est pas morte, La vieille Chanson !