PAUVRES AMOURS
Froid et brumeux voici venir Octobre :
De longs frissons semblent passer dans l'air, De ses rayons le soleil est plus sobre, L'oiseau se tait, tout annonce l'hiver; Vous qui cherchez et l'ombre et le mystère, En vagabonds vous qui courez tout nus, Lorsque les froids, bientôt, seront venus, Pauvres Amours, comment allez-vous faire ?
Voici venir les sombres jours,
Que je vous plains, pauvres Amours !
Au fond des bois, dans les vertes cachettes, Vous embusquant comme de vils gredins,
En avez-vous surpris de ces fillettes ? En avez-vous commis de ces larcins?
Mais, dépouillant les retraites ombreuses Où vous alliez vous glisser en sournois, Le sombre hiver, hélas ! pour de longs mois Revient, chassant les colombes frileuses.
Voici venir les sombres jours,
Que je vous plains, pauvres Amours !
Adieu pour vous, adieu les heures franches ! Vous n'irez plus, battant les verts buissons, Faisant vos nids dans l'herbe, sous les branches, Foulant aux pieds les futures moissons : Car il faut dire aussi-, petite engeance, Que, dans vos jeux, vous ne respectez rien, Que vous riez au nez de tout gardien.
On a pour vous toujours tant d'indulgence !
Voici venir les sombres jours,
Que je vous plains, pauvres Amours !
Gentils enfants, pour nos sombres demeures Si vous quittez les bois, le beau ciel bleu, Il est encor pour vous de douces heures Que vous saurez trouver auprès du feu.