LA MORT D'UN MOINEAU
Il n'était gracieux ni beau,
Il n'avait pas la poésie
Des oiseaux brillants de l'Asie;
Ce n'était qu'un simple moineau.
Il n'avait pas la voix charmante Du rossignol et du pinson ; Monotone était sa chanson, Mais il plaisait à mon amante.
Dans la froide ou chaude saison, Celui que ma Rose regrette Savait égayer ma chambrette ; C'était l'Ami de la maison.
Un matin du dernier automne Que vers le bois, à petits pas, Son bras rond passé sous mon bras, Nous allions avec ma mignonne ;
Au bord d'un limpide ruisseau, Dont l'eau s'enfuyait murmurante, Les veux fermés, l'aile pendante, On trouva le petit oiseau.
Sans doute quelque gros orage Avait frappé le cher petit; Rose le prit, lui fit un nid, Un nid soyeux dans son corsage.
Lors, son destin fut des plus doux, Partout on vantait ses prouesses.
Il avait toutes les caresses :
J'en étais même un peu jaloux.
Ah ! son sort était enviable :
Rose lui servant son festin Sur sa bouche..., le libertin Ne voulait plus quitter la table.