‹ Chansons et toastsChapitre 90 sur 100 · LA MORT D'UN MOINEAU · texte numérisé non relu

LA MORT D'UN MOINEAU

Il n'était gracieux ni beau,

Il n'avait pas la poésie

Des oiseaux brillants de l'Asie;

Ce n'était qu'un simple moineau.

Il n'avait pas la voix charmante Du rossignol et du pinson ; Monotone était sa chanson, Mais il plaisait à mon amante.

Dans la froide ou chaude saison, Celui que ma Rose regrette Savait égayer ma chambrette ; C'était l'Ami de la maison.

Un matin du dernier automne Que vers le bois, à petits pas, Son bras rond passé sous mon bras, Nous allions avec ma mignonne ;

Au bord d'un limpide ruisseau, Dont l'eau s'enfuyait murmurante, Les veux fermés, l'aile pendante, On trouva le petit oiseau.

Sans doute quelque gros orage Avait frappé le cher petit; Rose le prit, lui fit un nid, Un nid soyeux dans son corsage.

Lors, son destin fut des plus doux, Partout on vantait ses prouesses.

Il avait toutes les caresses :

J'en étais même un peu jaloux.

Ah ! son sort était enviable :

Rose lui servant son festin Sur sa bouche..., le libertin Ne voulait plus quitter la table.

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