LA CHANSON DE LA FEE
Les fils d'or de ma chevelure Sont faits des rayons du soleil Et les crépuscules vermeils Ont teint l'acier de mon armure.
Le sang des roses écrasées Vit sur mes lèvres irréelles/
JËJ les ténèbres dans mes prunelles Ont mis leurs profondeurs voilées.
Ma chair sort de l'onde marine Qui se moire au soleil couchant D'un reflet chaud et chatoyant De pourpre rose sous l'hermine.
Et c'est l'âme des vieilles lunes Que je porte sur mes bras pâles, Dans l'eau morte de mes opales, Perles de la lune, une à une.
Passant, pourquoi vouloir m'aimer ?
Entends-tu des pas lourds de deuil ?
L'azur s'éclipse à mon baiser...
Mais tu prépares ton cercueil.
LES NOYES
Au cours d'un fleuve à l'eau trop bleue, Parmi la flottaison des algues brunes, Plus blêmes sous l'argent froid de la lune Qui leur tisse un linceul de feu,
Les yeux ouverts vagues comme l'onde Dont la caresse clapoteuse Semble leur chanter l'autre monde Où s'envole l'âme ténébreuse,
Ils passent l'air calme et heureux, Frères unis par divers destins, Qu'un même désir d'astres lointains Aux ors vulgaires fit dire adieu.
Ont-ils déjà vu d'autres rayons Filtrer dans l'ombre mystérieuse Dont près de nous leurs chansons Disaient la splendeur lumineuse i
Débarrassés des songes creux, Ils passent et gagnent les lagunes Où, sans plus souci de leur fortune, Ils disparaissent peu à peu.