RETOUR
A l'ombre du bord du chemin,
Tous deux rêveurs, main dans la main,
Ils rêvaient d'un pays lointain.
Ils s'aimaient depuis bien longtemps Et ils s'aimaient encor pourtant. — On ne peut aimer tout le temps.
Un chevalier vint à passer.
Il était pâle et cuirassé ; Il était pâle et fatigué.
« Je l'aime plus que toi, dit-elle ;
Il me restera plus fidèle.
— Beau passant, me trouves-tu belle ? »
Sans amour, il l'aima de suite ; L'amant ne troubla pas leur fuite, Tandis qu'ils s'en allaient bien vite.
Ils ne s'aimèrent pas longtemps.
Elle rêva d'autres passants
Et mit ailleurs son cœur souffrant.
Elle eut les mêmes mots d'enfant, Mêmes vœux et mêmes serments, Mais nul ne resta son amant.
Et elle en aima tant et tant Qu'un soir, en songeant à l'absent, Elle pleura son premier temps.
Lui seul l'avait aimée vraiment.
Mais lui l'aimait-il maintenant ?
L'anne'e n'a qu'un seul printemps.
Elle reprit tout en pleurant La route triste de l'antan. — Les gens riaient en la voyant.
Au fond du parc abandonné,
Dans un cadre de peupliers,
La maison blanche était fermée.
Après être, lasse, restée
S'asseoir au bord de quelque allée,
Elle frappa sans espérer.
Le coup sonna profondément.
Quelqu'un vint ouvrir, chancelant, Pâle avec de longs cheveux blancs.
« Nous nous sommes aimés longtemps... » Il la prit dans ses bras tremblants :
« Moi je suis resté ton amant. »
Leur tombe est au bout du chemin.
Ils y dorment main dans la main, L'âme, peut-être, au ciel lointain.