‹ Chansons grisesChapitre 4 sur 15 · RYTHMES DANS LA NUIT · texte numérisé non relu

RYTHMES DANS LA NUIT

C'est la douceur du crépuscule

Aux' premiers soirs des jours d'été ;

A l'horizon décoloré

Les nuages sont comme des voiles de tulle.

Le même rêve abandonné Chantonne un refrain nostalgique Dans l'àme pleine de musique Hantée des jours qui ne sont pas nés.

On se souvient de vieux baisers, Et l'on regrette un peu l'aimée ; Mais le souvenir de ce qui n'a pas été Rend l'âme plus douce et réservée.

Ce n'est presque pas de la mélancolie ; Cependant malgré toute raillerie, Malgré l'orgueil d'être enfin fort, On souhaiterait souffrir encore.

S'abandonner! S'abandonner A la fraîcheur du soir qui monte, Puisque rien ne sera moissonné Après les luttes qu'on affronte !

On se sent vieux d'avoir quitté Toutes celles-là qui nous eussent aimé, Et rien que pour une tâche folle...

Et les yeux vers les femmes passées Dans la brume comme voilées On espère un regard qui console.

Mais la nuit vient et puis l'on rentre, Tout aussi las, tout aussi seul, Et dans le vide de sa petite chambre On fait des songes de linceul.

A quand la veille sous la lampe Près de toi qui sommeillerais Avec des rêves bleus d'attente, , Tandis qu'en ne travaillant plus j'écouterais Tout près de moi battre ton cœur ?..

On voudrait tant un peu de bonheur!

C'est la douleur des chansons mortes Où soupire un air de tristesse Que l'écho lourdement apporte Vers nous et dont il nous caresse.

C'est la douceur des soirs lassés Où sur la mer les voiles tombent Sans brise même pour gonfler Les voiles blanches qui tombent.

C'est la lenteur du vol des mouettes, Coup d'aile encor pour arriver Jusqu'à la côte où l'on s'arrête De courses longues fatigué.

C'est la pâleur du ciel bleuté Où les nuages blancs s'effilent, Vagues archipels essaimes Dans des horizons tranquilles.

Et c'est la peur des lendemains

Où le soleil va revenir,

Et la vie et ses actes vains...

Ton cœur est trop las pour mourir.

C'est à nouveau le refrain des souvenirs Montant d'on ne sait où vers on ne sait où non plus, Voix, lente et lourde de soupirs Que l'e'cho porte et atténue.

L'oiseau parti n'est pas revenu Siffler joyeux à la fenêtre Et de son vol dans l'inconnu Montrer Tailleurs où l'on peut renaître.

Dans les ruines nous n'irons plus Cueillir des roses entre les tombes ; Nos cœurs sont las d'avoir battu Vers des néants et vers des ombres.

Mais les passés de gloire splendide Comme les mirages des firmaments N'ont plus de prestige et ce n'est que le vide Du vaste ennui dont on se défend.

Ah ! si la vie avait voulu...

Mais en moi-même j'entends encor Tous les sanglots trop longtemps tus Heurter leur chute en rythmes d'or.

Mon cœur est un parc d'autrefois Plein des débris de mon bonheur; On y entend d'étranges voix Chanter la tristesse des heures.

Des jets d'eau montent et retombent En gouttes d'eau comme des pleurs; Sur des berceaux ou sur des tombes, Que pleurent-ils et quels malheurs?

La mousse recouvre les marbres Dont les faces ne sourient plus; Le lierre cache sur les arbres Les traces des serments élus.

Et là-bas le palais en ruine Dresse sa splendeur désertée Vers où quand même s'achemine Un essaim d'ombres oubliées.

Oh ! la chute des feuilles mortes Sur les vastes lacs immobiles?...

Que n'est-il un flot qui m'emporte Vers d'autres parcs et d'autres îles !

Oh ! les sanglots A la dérive...

Réel brutal

Qui nous avale

Dans sa bouche ivre...

Quels coups de fouets Du sort mauvais Parmi la vie !

Être un héros Bravant très haut L'horreur de vivre ?

Oh ! les sanglots A la dérive...

Encor des larmes de malheur!

Ah t ce dégoût d'attendre encor!

Encor des larmes et des douleurs !

Encor fcuj cœur qui saigne et pleure !

Encor des rêves dans des barques d'or ! Ah ! ces espoirs sans nulle ardeur Du fond de l'ombre où l'on s'endort Loin des efforts et près de la mort !

Encor ! Encor ma pauvre sœur !

Ah ! quel silence au loin dehors !

Pas même d'e'cho consolateur!

Rien que le rythme berceur de l'heure.

Encor ! Encor ma lèvre t'implore!

Ah! les caresses et leur douceur!

Nos deux petites âmes chercheuses d'aurore

S'effleurent, s'étreignent encor, encor...

La lune presque d'or Dans le ciel clair encor Arrondit sa corne.

O voyageur si las et morne Brave le vent qui te flagorne Et berce un peu ta pauvre vie.

Au loin regarde, tout s'endort; Les voiles tendent vers le port...

Ce sera de la mélancolie.

Le sable est si doux sous l'étreinte De celles-là qui sont sans plainte Lorsque notre amour les oublie.

Et si fraîche et bonne est la nuit Pour endormir sous la lune d'or Le rêve que tu veux encor.

Comme des barques sur la mer Mes espérances sont allées Vers des infinis d'outre-mer Par delà les terres rêvées.

Comme des barques dans l'aurore Matinales et pavoisées Sur les vagues qu'un soleil dore, Elles crurent aux traversées.

Comme des barques dans la nuit Elles errèrent incertaines, Regrettant déjà d'avoir fui La rade pour des côtes vaines.

Comme des barques dans l'orage Loin des refuges espérés, Elles luttèrent de courage...

La plupart furent submergées.

Comme des barques dans le port, Les quelques-unes retrouvées, Craintives d'aller vers la mort, Attendent, voiles repliées.

Au pont chancelant de la rivière Des spectres pâles sont passés.

Regarde-les ! regarde-les !

La plaine est grise et c'est l'hiver.

Ils ont fixé l'onde et la nuit En élevant leurs bras tendus, Puis silencieux ils sont partis — N'espère plus ! N'espère plus !

Ils s'en sont allés lentement A travers l'étendue glacée Comme vers un enterrement Dont le catafalque serait caché !

Regarde-les ! Regarde-les !

La plaine est blanche à l'horizon :

La neige tombe à gros flocons ; Les spectres pâles sont pressés.

— Mais tout devint si blanc, si blanc Qu'ils disparurent évanouis. — Ne regarde plus, mon pauvre enfant, Tes rêves perdus dans la nuit.

Mes vieux amours comme en un bal Tournent au rythme des violons Et c'est au travers de la salle Un refrain de vieilles chansons.

Ils tournent lents en couples pâles Avec des airs désespérés, Et leurs bouches sentimentales Echangent des aveux glacés.

Les veux regardent étonnés D'anciens bouquets dans les corsages De celles qui furent aimées Pour leur sourire et pour leur âge.

Rien n'est donc plus de ta folie O voyageur si morne et las ?

Neuve encore et belle est la vie Et même si tu n'y crois pas.

Mais à quoi bon, puisque tout sombre ! Bien que d'autres veuillent danser, J'aime mieux ne rien tenter, Toute femme n'étant qu'une ombre. .

Mes vieux amours comme en un bal Tournent au rythme des violons, Et c'est au travers de la salle Un refrain de vieilles chansons.

J'écoute en moi des chœurs de rêveuses Glorifier l'au-delà promis Que cherchent les nefs aventureuses Errant sur le bleu des flots éblouis.

Oh! leurs chansons vagues d'amoureuses Vers celui-là qu'elles ont voulu Et qu'elles implorent, chuchotteuses, Dans l'ombre d'où nul n'est revenu !

J'écoute en moi des chœurs de tisseuses

Tisser le fil de tapisseries

Où vit un récit d'âmes heureuses

A travers les campagnes fleuries.

Oh ! ces chansons douces des fileuses Qui sous l'ombrage des avenues Se bercent de plaintes dorloteuses En revivant les choses vécues !

J'écoute en moi des chœurs de pleureuses Dire les tristesses trop connues Qui dans les âmes trop langoureuses Font souvenir des joies perdues.

Oh! leurs chansons lentes et berceuses Vers d'autres cieux et d'autres pays Aux brumes de gazes vaporeuses Créatrices de rêves inouïs I

J'écoute en moi les chœurs se taire, Toutes ne sont plus que dormeuses, Et dans les ombres ténébreuses C'est mon cœur qui se désespère.

A certains soirs de lassitude, Toutes les douleurs de loin moins rudes Chantent en nous d'une voix lointaine, Et, par les prés de nos rêveries, Toutes les anciennes joies flétries Errent en ombres incertaines.

Comme quelquefois les mendiantes visiteuses

Qui frappent aux portes des villages

Et s'assoient tremblantes au foyer

Avec des contes d'un autre âge,

Elles frappent aux chambres silencieuses

Dont nous avions perdu les clefs.

Elles nous montrent des sites de nous-mêmes

Où nous n'avions jamais été;

Leur tristesse est alors si douce qu'on l'aime

Et leurs larmes sur nos vœux lassés

Y sont des gouttes de rosée

Comme en un matin de campagne sur les prés.

Et puis c'est la nuit. Une à une elles disparaissent

Et leur départ lent en nous laisse

La volupté du regret et de la mélancolie.

Et puis le lendemain ce sont les mêmes luttes ;

On oublie les obstacles, on oublie les chutes ;

Et c'est Tabandon encore à la vie.

Un peu de ma vie

Reste sur toutes les routes —

Ah ! que de déroutes

Le long de ma vie !

Un peu de mon sang Saigne sur tous les chemins — Ah 1 que de chagrins Malgré les printemps !

Un peu de mon cœur Sanglote à toute halte. — Qu'on dresse une tombe de basalte Pour y enterrer mon bonheur !

Dans le soir vaporeux

L'essaim des heures bleues

Tourne en formes d'ombre sous la ramée.

Le souvenir des voix aimées

Chuchotte à travers les feuilles

Des musiques vagues presque de deuil.

Où sont-elles toutes allées ?

Vers quelles aumônes de baisers

Pour l'apaisement de l'éternelle fièvre >...

Mais les lèvres sur d'autres lèvres Nous essayons d'autres heures bleues Dans le soir encore vaporeux.

A travers la brume du soir Le cortège des rêves morts Emmène mon vieux désespoir.

La plaine sous la neige est blanche

Et les grands arbres comme morts

Dans les lointains dressent leurs branches.

L'heure est si douce qu'on oublie,

— Pourquoi pleurer ou rire encore ? —

Si c'est la mort ou bien la vie.

O voyageur plus vague et blême Que cette brume où tu t'endors, Si lassé même de toi-même,

Il est des cieux et d'autres soirs A l'orient d'autres décors. — Écoute, écoute ton espoir I

La route est blanche dans la nuit Sous la lune qui l'éclairé — O pauvre âme d'où tout a fui, Espère ! Espère !

La route est blanche dans la nuit Teintée de vagues lueurs stellaires ; L'azur sera sans nuage aujourd'hui, Espère ! Espère !

La route est blanche dans la nuit, L'ombre s'est faite éphémère — O pauvre âme qui pleure et rit, Espère ! Espère !

xvn

O bonne nuit,

O bonne lune, Toutes deux sur mon infortune Faites tomber le bon oubli !

Je suis le pauvre du logis

Que dans mon cœur l'amour bâtit.

J'ai vu danser toutes les danses De toutes celles qu'on encense.

J'ai roulé dans de nombreux bouges, Et défait bien des robes rouges.

J'ai payé sur des tas de comptoirs Les vins que je venais de boire.

Et j'ai teté tous les cigares I Et j'ai couru toutes les gares !

Mais bien que j'aie peur qu'on sourie, Bien que je doive être réjoui,

Je suis le pauvre du logis

Que dans mon cœur l'amour bâtit.

O bonne nuit,

O bonne lune, Toutes deux sur mon infortune Faites tomber le bon oubli.

Le long des routes du hasard

Que de destins se sont liés !

Que de passants morts d'avoir aimé !

Que de passants las d'être venus trop tard !

Les uns ont ri, les autres ont chanté, Mais tous sont partis mêmement ; Le mensonge succède au serment, L'avenir efface le passé.

Que de caresses, que de tendresses Partout où mon cœur a glané 1 Et malgré son vœu de ne pas pleurer, Pour quelques joies, que de tristesses !

De tout cela rien n'est resté, Et le souvenir n'est qu'un crépuscule ; Les châteaux d'or que le soir annule Croulent à l'horizon refoulé.

Cependant sous cette nuit qui tombe Je revois les fantômes d'oublie'es, Et, surpris près de tant qui furent aimées, J'écoute leurs voix là-bas, dans l'ombre.

Sont-elles mortes de volupté Dans leurs printemps insoucieux, Ou promènent-elles des souvenirs vieux A travers des misères fardées ?...

Le long des routes où ils venaient trop tard, Que de rêves j'aurai bercés, Morts d'avoir été trop cherchés Dans des étreintes de hasard !

Les jours sont longs, mais l'heure est brève. De tous les destins qu'on achève En est-il un qui soit bien nôtre ?

Tout notre espoir en vain se lève, La houle n'est plus qui nous enlève Vers l'autre monde où vivre apôtre...

Qu'as-tu fait, qu'as -tu fait de ton rêve ?

Des vieux amours nul n'est sans blâme, Et nous avons souri aux femmes Alors que nous voulions pleurer ; Rien n'a vécu de l'e'pithalame, Et nous sommes reste's sans dictame Avec nos fleurs toutes effeuillées...

Qu'as-tu fait, qu'as-tu fait de ton âme ?

Dans l'ombre douce de la nuit

C'est la fuite des jours enfuis

Vers quelle autre ombre ou quelle lumière ?

Le même deuil les ensevelit;

Ils sont morts d'être sous un ciel gris

Loin des extases printanières...

Qu'as-tu fait, qu'as-tu fait de ta vie ?

La faux vole dans la plaine ; Souvenons-nous de l'autrefois ; Les voix sont devenues si lointaines Que rien ne s'entend au fond du bois.

Souvenons-nous de l'autrefois; Les bouches d'antan sont sans haleines ; Les blés coupés ne repousseront pas ; Nous serons seuls avec nos peines.

La faux vole et fauche dans la plaine ; Faut-il écouter l'autrefois?

Ce qui n'est plus est chose vaine, Le regret masque d'autres joies.

La nuit tombe souveraine ;

Que l'oubli tombe en nos cœurs las !

Souvenons-nous de l'autrefois,

Mais que nos âmes demeurent sereines.

C'est le silence et c'est la lune...

Une angoisse flotte, on ne sait d'où, Des nuages viennent on ne sait d'où, Des gouttes d'eau tombent une à une D'ici, de là, de n'importe où...

C'est le silence et c'est la lune.

Pleut-il ainsi des pleurs partout ?

Lèvent frissonne bien lentement Et chuchotte des choses étranges ; Est-ce mon passé qui pleure dans le vent Sous le regard des mauvais anges ?

Comme il est pâle le sable des dunes ! Comme ils sont loin les phares des côtes ! Comme la mer est forte et haute !

Pleurs oubliés et voix étranges Dans le silence et sous la lune.

Comme elle est lente l'heure qui sonne Au vieux cartel de mon logis, L'heure qui passe et qui résonne En un glas triste de minuit!

Comme le vent pleure et frissonne Promenant mon âme avec lui Aux champs où ne va plus personne, Où agonise le dernier bruit !

Comme elle tremble l'âme et s'e'tonne D'être emportée si loin d'ici, Ne sentant plus qu'elle était morne Et quelquefois joyeuse aussi !

L'heure est passée, l'heure qui sonne Au vieux cartel de mon losis.

Sous la lampe j'ai pleuré ; Combien de nuits ? — Je ne sais plus ; Las des livres, sur le papier, Avec mon cœur, oh ! j'ai pleuré Tant et tant que je ne sais plus.

Toutes les larmes écoulées Sur les rieurs perdues ou fanées Et les espoirs qui ne viennent plus Avec leurs rires et leurs gaietés, Sur les espoirs qui se sont tus, Oiseaux bleus qui furent tués

A coups de flèches sous la ramée Par les passants durs et bourrus Dont la course méchante est passée Et ne reviendra plus Tirer des flèches sur mes pensées...

Sous la lampe, j'ai pleuré ; Combien de nuits ? — Je ne sais plus.

Passage le long des routes

De faces de joie ou de tristesse ;

Robes claires en de'route,

Robes sombres que rien ne presse.

Les unes sourient, les autres pleurent; Quelques-unes parlent des lendemains; Celle qui danse montre mon cœur Passer dans l'une et l'autre main.

« Ote mon voile », me dit-elle ; La lune éclaire des cheveux blancs.

« Ne t'attarde pas, je ne suis plus belle, Tu viens trop tard, il n'est plus temps. »

Ah ! que de lèvres chuchotteuses Tout autour de mon destin, Lèvres flétries et douloureuses Où le malheur a mis la main.

a Jacques E. Blanche.

Vers le bord de l'étang où miroite la lune,

Toutes trois elles s'en sont allées,

Ombres très lasses, une à une,

Tristes de leurs désirs, tristes de leurs pensées.

Leur course est lente et vaguement ondule Dans la blancheur des robes plissées, Ombres légères sous la lune Des bonheurs enfuis, des bonheurs rêvés.

Leur face est pâle, elles ont pleuré ! Et les voici réunies une à une, Amours enfuis, amours rêvés —

La nuit est bleue, elles sont passées !

Mais dans mon âme pleine de passé Où vit encore ce qui n'est plus, Leurs ombres blanches jettent la pureté Des premiers rêves non disparus —

La nuit est bleue, elles sont restées !

Ce sont les ombres Le long du flux.

La nuit est sombre, Écoutes-tu ?

Ecoutes-tu

Les cris sans nombre

De ceux qui sombrent

Sous le reflux ?

Ce sont les phares Dans la brume.

Qui donc si tard Monte et allume ?

Hélas ! Le flot Porte un débris.

Holà ! Là-haut, Vers qui ces cris ?

Vers qui ces cris Sans nul écho ?

Où la vigie Qu'on dit là-haut ?

Ce sont les ombres Le long du flux.

La nuit est sombre, N'e'coute plus.

xxvn

Et toi, bienfaitrice des oubliés, Qui luis toujours par nos fenêtres Avec ton calme nous tenter, Ou nous railler, peut-être,

Bonne déesse des affligés Qui sais verser des songes aux fenêtres, Vaguement venus sur tes clartés, Vrais ou faux, vrais, peut-être,

Vieille Tanit des temps passés, Passe toujours par nos fenêtres, Emporte-nous comme exilés Rêveurs ou non, morts, peut-être,

O chère amante des oubliés !

Les rêves oubliés, là-bas,

Dans les pays d'où l'on ne revient pas

Jettent leur ombre encore ici,

Mais l'ombre est trop noire de la nuit

Pour qu'on les aperçoive encore...

Il n'est plus rien sous la lune d'or.

Les femmes aimées jadis, Vaines ombres mortes aujourd'hui, Reviennent murmurer leurs caresses, Mais le temps est trop loin maintenant Où nous nous nommions leurs amants.

Nous avons épuisé nos tendresses.

Les orgueils casqués d'ailes au vent Ont reployé leur envergure ; Ils sont morts de la vieille aventure Qui sut vaincre leurs airs arrogants; Ils sont morts d'avoir été trop forts... Il n'est plus rien sous la lune d'or.

Nous avons trop pleuré sur la misère humaine, Et nous ne savons plus aimer l'heure qui fuit; Nos rêves sont partis sur des mers trop lointaines, Et nous ne savons plus les suivre dans la nuit.

Nos cœurs ont trop battu vers une ombre infidèle, Et nous ne savons plus aimer comme il faudrait ; Le ciel vers où jadis vibra notre coup d'aile Demeure inaccessible à nos mains à jamais.

Nos vœux ont trop voulu ce dont ils devaient rire,

Et nous n'avons pas su rester au-dessus d'eux

Dans la sérénité que nous, devions élire

Pour tenter comme autrui quelque essai d'être heureux.

Nous avons trop aimé la tristesse et nos pleurs, Et nous ne savons plus que la mélancolie ; Le regret est trop doux qui chante nos malheurs, Et nous ne savons plus vivre selon la vie.

Dans les forêts abandonnées, Le long des routes de'sertées, .

J'écoute les voix de l'automne Chanter des airs lourds de sanglots Qui dans le lointain monotone Éveillent les anciens échos.

La brise, à travers l'air atone Et les feuilles qu'elle moissonne En tas jetées près des portes, Mêle aux sanglots ses plaintes lentes Selon le hasard qui l'apporte Les murmurer au gré des sentes.

Oh ! les soupirs des choses mortes

Où la vie traîne l'escorte

De tous les restes d'autrefois

Qu'enguirlande le souvenir

De l'heure heureuse où sous ton toit

Nous ne vivions qu'en un sourire !

Et c'est ton image de joie Si bonne encor à mon cœur froid Qui, paresseux sans un souhait, Loin des rayons du vieux soleil, Cherche à perdre tout son regret Dans le néant d'un vain sommeil.

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