‹ Chansons grisesChapitre 6 sur 15 · L OFFRANDE · texte numérisé non relu

L OFFRANDE

Veux-tu mon cœur pour tes mains douces ?

Je veux, des repos sur les mousses

Au fond des bois de solitude.

Je suis lasse' de ma tristesse;

La vie est courte, la vie est rude,

Enveloppe ma tète dans tes tresses.

— Je ne connais plus les vieilles tendresses; La vie a pris mon pauvre cœur

Un soir que j'avais eu trop de pleurs.

Veux-tu l'amour que tu ne sais plus?

Je sais la prière éperdue Qui peut te rendre ta jeunesse ; Le printemps mort n'est qu'en allé, Nous aurons de divines paresses Sous les clairs de lune étoile's.

— A quoi bon vouloir le passé ?

Parle plus vite et comprends-moi :

Je ne suis pas celle d'autrefois.

Veux-tu des bagues, des bracelets ?

J'ai des coffres dans mon palais Pleins de perles et de colliers, J'ai des étoffes lourdes de joyaux ; Marchande d'amour sans pitié, Ne pleurons pas de vains tombeaux.

— Pourquoi n'avoir parlé plus tôt ?

Je ne comprends pas les mots d'amant, Le mien est mort il y a trop longtemps.

Roule l'amour mort dans ton manteau !

Loin de l'abri de mon château

Où son image seule est restée,

Elle ausssi, loin, s'en est allée...

Sois-moi comme elle : avec ton corps, avec la nuit

Ce sera peut-être un peu d'oubli.

ioo —

Page 1