‹ ChansonsChapitre 105 sur 201 · PÉCHEUR SILENCIEUX · texte numérisé non relu

PÉCHEUR SILENCIEUX

Un pécheur attentif , au bord d'une rivière, Présentait aux poissons sa ligne meurtrière ; Plongé dans ce plaisir qui ressemble à l'ennui , Il crut voir deux vaisseaux se dirigeant vers lui , Voguant en sens inverse , et , pour tout équipage , Deux hommes différant d'allure et de visage : L'un était jeune encore, et l'autre déjà vieux. Lorsque les deux esquifs devant lui se croisèrent , Il entendit deux voix qui tour à tour chantèrent : a Salut, pécheur silencieux. »-*^

ff Salut, pécheur silencieux.

Sans doute , en ton humble chaumière ,

Tu passeras ta vie entière ,

Pauvre , • ignorant , insoucieux .

Dans la campagne paternelle ,

Tu restes , esclave fidèle ,

Sans plaisir et sans dignité.

Ton âme végète et s'altère

Dans cette médiocrité

Qui, pour moi, serait la misère.

Salut , pécheur silencieux . «

— « Salut, pécheur silencieux. Sans doute , ta modeste yie Coule sans hiMine et sans envie Loin des 80ik»9 ambitieux.

Heureux aux bords qui t'ont vu nattre ,

Tu te contentes du bien-être Qui sied à ta simplicité.

Puisses-tu la garder-sans cesse , La douce médiocrité Qui serait pour moi la richesse !

Salut y pécheur silencieux. »

— « Salut, pécheur silencieux.

Je suis jeune, j'ai Tàme ardente; L'inconnu, le danger me tente; J'ai fui le toit de mes aïeux;

J'ai mis sur mon cap : » Espérance! » Et je vais, par la mer immense.

Devers le continent doré.

Adieu , ma famille chérie ; Ne pleurez pas; je reviendrai Riche et puissant dans ma patrie.

Salut, pécheur silencieux. »

— « Salut, pécheur silencieux.

Jeune , pour tenter la fortune , J'ai quitté la ligne commune.

Je reviens; je suis pauvre et vieux.

Je ne retrouve plus ma route; En vain je regarde, j'écoute, Tous les traits et toutes les voix :

Où donc ma famille chérie?

Où donc mes amis d'autrefois?

Je ne connais plus de patrie !

Salut, pécheur silencieux. » —

Le pécheur attentif les écoutait encore ;

Il n'entendit que l'onde et que le vent sonore.

Il replia sa li{;ne, et put, avant le soir, Rejoindre sa famille au rustique manoir. Des amis l'attendaient et la nappe était mise ; On dîna longuement de la pèche promise. Le modeste repas épanouit les cœurs ; Le pécheur raconta son rêve ou son histoire , Et quatre vieux flacons les aidèrent à boire A la santé des voyageurs.

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