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LES RUINES

Quand le soleil se lève à l'horizon . On voit, là-haut, sur la colline.

Parmi le lierre et le gazon ,

La ruine.

Le matin , d'un rayon joyeux , L 'éclaire de la base au faite ; Le voyageur lève les yeux ,

Et s'arrête.

Bravons la ronce et l'églantier ; Il faut gravir l'âpre sentier Qui serpente autour de la butte ; On aime à fouler sous ses pies

Ces vieux murs , Titans foudroyés , Orgueilleux encor dans leur chute.

L'œil s'arrête sur ces débris ; Mais vainement sont-ils meurtris Par d'impitoyables fougères ; L'esprit reconstruit le passé; Le vieux château s'est redressé Sur ses souvenirs légendaires.

Les chevaux piaffent dans la cour ; Le cor sonne ; la meute accourt ; Le pont s'abaisse; allons, en chasse !

Piqueurs, découplez les limiers ; Voici venir les chevaliers Et la châtelaine qui passe.

Ah ! pourquoi le cœur ne peut-il

Renouer de même le fil

Des illusions passagères?

Ce ne sont pas les châteaux seuls

Qui portent les sombres linceuls

Tissus de mousse et de fougères !

Mais n'entends-je pas une voix Qui m'apporte, au travers des bois, Une note plaintive et douce?

Un éclair se fait dans la nuit; Tout le passé se reconstruit ; Arrachons le lierre et la mousse !

Là-bas sont les pays plus doux ; L'heure a sonné le rendez-vous;

îîoiis sommes deux et le jom- baisse.

Dieu nous mesure les instants :

0 la jeunesse du printemps!

0 le printemps de la jeunesse!

Quand le soleil se couche à Thorizon , On voit, là-haut, sur la colUne, Parmi le Herre et le gazon ,

La ruine.

Le soir pâle et mystérieux De fantômes peuple l'espace , Et le voyageur sérieux Rêve et passe.

LA MÈRE GODICHOX

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

H faut chanter la mère, La mère Godichon.

Je ne l'ai pas connue Alors qu'elle avait dix-huit ans , Voilà bien longtemps.

Elle était ingénue, A ce qu'elle disait, du moins,

L'étant un peu moins.

On n'a jamais connu son père.

Et c'est facile à concevoir ; Sa mère devait le savoir.

Mais on ne savait pas sa mère.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emp]isse mon verre!

Il faut chanter la mère , La mère Goclichon.

On prétend en Provence Qu'elle naquit aux pays froids , La Flandre ou l'Artois;

Mais, dans le Nord, on pense Qu'elle était des climats plus chauds ,

D'Arles à Bordeaux.

Ses yeux accusaient la Gascogne , Ses cheveux le pays lorrain; Son embonpoint les bords du Rhin , Et son teint fleuri la Bourgogne.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

Pour rester ferme et libre Dans sa vie et dans ses amours , Elle tint toujours

Son cœur en équihbre :

Au lieu d^avoir un amoureux ,

Elle en avait deux.

Le mariage est une épreuve Dont toujours elle se moqua ;

Elle resta fille jusqu'à

Jusqu'à ce qu'elle devînt veuve.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la nière , La mère Godichon.

Il fallait voir la belle Dégustant un joyeux repas Qu'on ne payait pas;

A peine trouvait-elle Le temps de placer quatre mots.

Même des plus gros.

Et Ton n'aurait jamais pu dire, Quand ses deux lèvres s'entr'ouvraient , Si sa bouche et ses dents voulaient Chanter ou baiser, boire ou rire.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre!

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

Elle passa sa vie A s'afibler de tous les fous ; Nous le sommes tous ;

Elle eût été ravie D'atteler ensemble à son char

Le Turc et le Czar.

Elle veut prendre un jour la peine De conquérir le genre humain; Mais elle se perd en chemin , Car un gendarme la ramène.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

Que devint-elle ensuite?

Les auteurs le plus en crédit

Ne l'ont jamais dit.

J'ai mis a sa poursuite Les savants de nos instituts ,

Et tous se sont tus.

Mais une matrone allemande , Que je consultais sur ce point, M'a dit : « Ne cherchez pas plus loin ; Voici la fin de la légende :

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre!

Il faut chanter la mère , La mère Godichon. »

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