LE VIEUX TÉLÉGRAPHE
Que fais-tu , mon vieux télégraphe , Au sommet de ton vieux clocher.
Sérieux comme une épitaphe, Immobile comme un rocher?
Hélas! comme d'autres peut-être, Devenu sage après la mort, Tu réfléchis , pour les connaître , Aux nouveaux caprices du sort.
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C'est que la vie est déplacée ; Les savants te l'avaient promis, Kt toute royauté passée N'a plus de flatteurs ni d'amis.
Autrefois, tu faisais merveille, Et nous demeurions tout surpris De voir, en un seul jour, Marseille Envoyer deux mots à Paris.
Tu fus l'énigme de notre âge ; Nous voulions , enfants curieux , Deviner ce muet langage Qui semblait le parler des dieux, Lorsque tes bras cabalistiques Lançaient à rhoHzon blafard Les mensonges diplomatiques Interrompus par le brouillard.
Maintenant, en une seconde, Le Nord cause avec le Midi ; La foudre traverse le monde Sur un brin de fer arrondi.
L'esprit humain n'a point de halte, Et tu restes debout et seul , Ainsi qu'un chevalier de Malte , Pétrifié dans son linceul.
Tu te souviens des diligences (Jui roulaient jadis devant nous , Portant écoliers en vacances , Gais voyageurs, nouveaux époux.
Tu ne vois plus , au clair de lune , Aux rayons du soleil levant,
Passer tes sœurs en infortune, Qui jetaient leur poussière au vent.
Ainsi s'éteignent toutes choses Qui florissaient au temps jadis ; Les effets emportent les causes :
Les abeilles sucent les lis.
Ainsi chaque règne décline , Et les romans de Tan dernier, Et les jupons de crinoline.
Et les astres de Leverrier.
Moi , je suis un pauvre trouvère Ami de la douce liqueur ; Des chants joyeux sont dans mon verre ; J'ai des chants d'amour dans le cœur.
Mais à notre époque inquiète Qu'importent l'amour et le vin ?
Vieux télégraphe , vieux poëte , Vous vous agiteriez en vain.
Puisque le destin nous rassemble , Puisque chaque mode a son tour, Achevons de mourir ensemble Au sommet de ta vieille tour.
Là , comme deux vieux astronomes , Nous regarderons fièrement Passer les choses et les hommes , Du haut de notre monument.
MA sœuR.
L'amitié n'est pas aussi tendre ; L'amour n'a pas tant de douceur ; O vous qui n'avez pas de sœur, Vous ne pouvez pas me comprendre.
Pourquoi vous dirais-je son nom ?
Des lettres vous la peindraient-elles?
Sans doute il en est de plus belles ; En est-il de meilleures?... Non !
Elle est pour moi la souvenance, • Le parfum du pays natal ; Son sourire est un pur cristal Où se réfléchit notre enfance.
De nos plaisirs, qu'elle confond, Ma part est toujours la meilleure ; Le souci léger qui m'effleure Est pour elle un chagrin profond.
L'amitié n'est pas aussi tendre.
L'amour n'a pas tant de douceur ; O vous qui n'avez pas de sœur, Vous ne pouvez pas me comprendre.
On se découvre à son aspect; Nul regard impur ne la blesse ; Honorée avant la vieillesse , Elle commande le respect.
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Î58 GUSTAVE XADACn.
Elle est mon soutien et mon juge; Dans son cœur j'ai placé ma foi.
Dans sa conscience , ma loi , Et dans sa bonté , mon refuge.
Celle dont j'aime à vous parler.
C'est ma sœur ou bien c'est la vôtre.
Car, que je chante l'une ou l'autre.
Filles doivent se ressembler.
L'amitié n'est P^^ aussi tendre , L'amour n'a pas tant de douceur; O vous qui n'avez pas de sœur, Vous ne pouvez pas me comprendre.