A PROPOS D'ANNEXION
J'ai pour voisin un fils de la Savoie, D'or pour le cœur, d'acier pour le jarret. Si loin , si loin que le client l'envoie ,
H part plein de joie, Courrier agile et messager discret.
J'eus, hier soir, recours à son office Pour un billet, une invitation ; Je causai donc avec l'ami Maurice ,
Et, non sans malice.
Je prononçai le mot d'annexion.
Il répondit : « Ma mère était Française , Mon père aussi , moi de même , et , ma foi ,
Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi.
n Je ne suis pas savant en écriture ; Je le dirais qu'on ne me croirait pas ; Mais le coup d'œil remplace la lecture :
C'est loi de nature Que l'eau des monts coule de haut en bas.
J'ai vu rouler l'inondation blanche
Sur les vallons creuses par le torrent.
On doit toujours tomber par où l'on penche.
Comme l'avalanche, L'homme a sa pente et court à son courant. Or, voyez- vous , ma mère était Française , Mon père aussi, moi de même, et, ma foi.
Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi. »
« Mais , mon ami , lui dis-je , l'Italie Vous sera-t-elle un pays étranger?
Sa grande tâche est à moitié remplie ;
Faut-il qu'on oublie Le sort commun et le commun danger?
— Oh ! non , monsieur, j'ai le cœur d'un bon frère, £t l'Italie est notre sœur à tous.
Elle a nos vœux ; mais si ma sœur m'est chère ,
J'aime aussi ma mère :
J'ai bu son lait, et son sang coule en nous. Car, avant tout, ma mère était Française, Mon père aussi, moi de même, et, ma foi.
Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi. .
» Et puis, monsieur, la langue est un baptême; On peut s'entendre encore en un procès. Si je veux dire à quelqu'un que je l'aime.
Ça va de soi-même , Je parle franc, c'est-à-dire français.
— C'est bien , Maurice , il faut que je vous laisse ; Je vous comprends, vous comprendre m'est doux. Allez porter ma lettre à son adresse :
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C*est chose qui presse.
A des amis je donne un rendez-vous.
— Je pars y monsieur, ma mère était Française, Mon- père aussi, moi de même, et, ma foi,
Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi. »