‹ ChansonsChapitre 155 sur 201 · SIMPLE PROJET · texte numérisé non relu

SIMPLE PROJET

Écoute le simple projet

Qui m'est arrivé tout d'un jet ,

Et qu'ici je consigne :

Nous faisons un voyage à pie , Tous deux , l'un à l'autre appuyé ,

Gomme à l'ormeau la vigne.

Tu prends une robe lilas; Â ton corsage tu mettras

Cette fleur que je cueille.

Tu coiffes le ruban vert d'eau , Qui sied à ton double bandeau

Gomme à l'arbre la feuille.

Nous partons au premier matin ; Nous allons en pays lointain ,

A Saint-Gloud , je suppose; Moi , fier de ton chaste embarras , Et toi , suspendue à mon bras

Gomme au rosier la rose.

Dans les champs nous nous élançons, Cherchant, moi la fleur des buissons.

Et toi la pâquerette.

Je me déchire aux églantiers , Et tu bondis par les sentiers

Comme au bois la chevrette.

Nous nous offrons un grand dîné Par ton esprit assaisonné

Et par ta chansonnette.

Tu diras celle qui me p]alt , Tu sais : « Au bois rossignol est. ...»

Comme au champ l*alouette.

Nous voyons descendre au couchant Le soleil , lorsque s'approchant

La nuit tendra ses voiles.

Et nous suivons dans leur décours Nos jours passés, nos heureux jours ,

Gomme au ciel les étoiles.

Tu veux de ce projet charmant Savoir quel est le dénoûment?

Tu me la donnes belle!

Tout en est simple, et frais, et doux : Le soir, nous rentrerons chez nous .

Comme au nid riiirondelle.

ADIEUX A Li\ AML

Ainsi , tu pars , et je demeure Tout seul dans la maison qui pleure

Un maître absent; Ton amitié Tavait peuplée , Et tu la laisses désolée ,

En me laissant!

Ainsi passera comme un rêve L'intimité lonfpie et trop brève

Qui nous unit.

2iV

370 GUSTxVVE NADAUD.

Quand les oiseaux ont pris leurs ailes. Adieu les amours fraternelles , Adieu le nid !

Je contemple d'un œil avide La place qui va rester vide

A mon foyer; Nous étions faits pour vivre ensemble , Et maintenant, vois-tu, je tremble

De t'oublier.

Oh! non , tu ne pourrais le croire; N'attristons pas notre mémoire,

Serrons nos fleurs ; Rappelons-nous ce que nous sommes, £t qu'il ne sied pas à des hommes

De fondre en pleurs.

Gardons une image sereine De ces jours révolus à peine,

Légers et doux ; Sachons achever notre ouvrage; Ayons ce suprême courage : - Souvenons-nous .

Écoute : il eist minuit, j'arrive; Tu m'attends , l'oreille attentive .

Près des tisons ; Bientôt la lampe est ranimée, J'ai pris ma place accoutumée ,

Et nous causons.

0 gens de bourse et de finance.

Gens plus sérieux qu'on ne pense , Juifs ou chrétiens ,

Que nous apprêterions à rire Si quelqu'un pouvait vous redire Nos entretiens !

Car notre ambition commune Ne fatigue pas la fortune

Et ses hasards ; Nous buvons la vieille ambroisie Que nous versent la poésie

Et les beaux-arts !

C'est au commerce des génies Que nos âmes se sont unies

D'un doux lien , Et que béni soit leur empire , Si l'amour du beau nous inspire

L'amour du bien !

Là, nous trouvons une patrie, Nous relevons , toute meurtrie ,

La vérité ; Nous soulevons un coin du voile Qui nous cache encore une étoile,

L'humanité!

Oh ! n'abaissons pas nos pensées ; Tenons-les fièrement dressées

Vers les hauts lieux !

Nous nous sonames fait la promesse De respecter notre jeunesse ,

Devenus vieux.

Mais, selon notre noble envie.

Rendons conforme notre vie A nos discours.

Va maintenant où Dieu t'envoie , Nous avons la moisson de joie De nos vieux jours,

Vois, je ne répands plus de larmes ; Ta vertu vient donner des armes

A ma douleur; Mon foyer ne sera pas vide , C'est là que ton âme réside ;

Je n'ai plus peur.

C'est là que je te garde un temple; Sois mon conseil et mon exemple y

Inspire-moi ; Et si tu reviens, je l'ignore, Puisses-tu me trouver encore

Digne de toi!

0 ma chambre silencieuse,

Le bruit qui vous faisait joyeuse

S'est endormi....

Mais , écoutez , soyez discrète , Demain , nous célébrons la fête

De notre ami !

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