SIMPLE PROJET
Écoute le simple projet
Qui m'est arrivé tout d'un jet ,
Et qu'ici je consigne :
Nous faisons un voyage à pie , Tous deux , l'un à l'autre appuyé ,
Gomme à l'ormeau la vigne.
Tu prends une robe lilas; Â ton corsage tu mettras
Cette fleur que je cueille.
Tu coiffes le ruban vert d'eau , Qui sied à ton double bandeau
Gomme à l'arbre la feuille.
Nous partons au premier matin ; Nous allons en pays lointain ,
A Saint-Gloud , je suppose; Moi , fier de ton chaste embarras , Et toi , suspendue à mon bras
Gomme au rosier la rose.
Dans les champs nous nous élançons, Cherchant, moi la fleur des buissons.
Et toi la pâquerette.
Je me déchire aux églantiers , Et tu bondis par les sentiers
Comme au bois la chevrette.
Nous nous offrons un grand dîné Par ton esprit assaisonné
Et par ta chansonnette.
Tu diras celle qui me p]alt , Tu sais : « Au bois rossignol est. ...»
Comme au champ l*alouette.
Nous voyons descendre au couchant Le soleil , lorsque s'approchant
La nuit tendra ses voiles.
Et nous suivons dans leur décours Nos jours passés, nos heureux jours ,
Gomme au ciel les étoiles.
Tu veux de ce projet charmant Savoir quel est le dénoûment?
Tu me la donnes belle!
Tout en est simple, et frais, et doux : Le soir, nous rentrerons chez nous .
Comme au nid riiirondelle.
ADIEUX A Li\ AML
Ainsi , tu pars , et je demeure Tout seul dans la maison qui pleure
Un maître absent; Ton amitié Tavait peuplée , Et tu la laisses désolée ,
En me laissant!
Ainsi passera comme un rêve L'intimité lonfpie et trop brève
Qui nous unit.
2iV
370 GUSTxVVE NADAUD.
Quand les oiseaux ont pris leurs ailes. Adieu les amours fraternelles , Adieu le nid !
Je contemple d'un œil avide La place qui va rester vide
A mon foyer; Nous étions faits pour vivre ensemble , Et maintenant, vois-tu, je tremble
De t'oublier.
Oh! non , tu ne pourrais le croire; N'attristons pas notre mémoire,
Serrons nos fleurs ; Rappelons-nous ce que nous sommes, £t qu'il ne sied pas à des hommes
De fondre en pleurs.
Gardons une image sereine De ces jours révolus à peine,
Légers et doux ; Sachons achever notre ouvrage; Ayons ce suprême courage : - Souvenons-nous .
Écoute : il eist minuit, j'arrive; Tu m'attends , l'oreille attentive .
Près des tisons ; Bientôt la lampe est ranimée, J'ai pris ma place accoutumée ,
Et nous causons.
0 gens de bourse et de finance.
Gens plus sérieux qu'on ne pense , Juifs ou chrétiens ,
Que nous apprêterions à rire Si quelqu'un pouvait vous redire Nos entretiens !
Car notre ambition commune Ne fatigue pas la fortune
Et ses hasards ; Nous buvons la vieille ambroisie Que nous versent la poésie
Et les beaux-arts !
C'est au commerce des génies Que nos âmes se sont unies
D'un doux lien , Et que béni soit leur empire , Si l'amour du beau nous inspire
L'amour du bien !
Là, nous trouvons une patrie, Nous relevons , toute meurtrie ,
La vérité ; Nous soulevons un coin du voile Qui nous cache encore une étoile,
L'humanité!
Oh ! n'abaissons pas nos pensées ; Tenons-les fièrement dressées
Vers les hauts lieux !
Nous nous sonames fait la promesse De respecter notre jeunesse ,
Devenus vieux.
Mais, selon notre noble envie.
Rendons conforme notre vie A nos discours.
Va maintenant où Dieu t'envoie , Nous avons la moisson de joie De nos vieux jours,
Vois, je ne répands plus de larmes ; Ta vertu vient donner des armes
A ma douleur; Mon foyer ne sera pas vide , C'est là que ton âme réside ;
Je n'ai plus peur.
C'est là que je te garde un temple; Sois mon conseil et mon exemple y
Inspire-moi ; Et si tu reviens, je l'ignore, Puisses-tu me trouver encore
Digne de toi!
0 ma chambre silencieuse,
Le bruit qui vous faisait joyeuse
S'est endormi....
Mais , écoutez , soyez discrète , Demain , nous célébrons la fête
De notre ami !