‹ ChansonsChapitre 154 sur 201 · LE MARI DE MADAME VICTOIRE · texte numérisé non relu

LE MARI DE MADAME VICTOIRE

Quelle adorable créature

Que cette madame Mais non ;

Soyons discret, par aventure; <

Ne disons que son petit nom : * |

Victoire (la voilà connue)

A le plus malin des maris, I

Qui dès long^temps l'a prévenue

Contre les galants de Paris.

a Vois-tu , nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes ,

Tous autant de menteurs.

J'espère bien, Victoire, Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs.

« Rapporte-t'en à moi, mignonne, Et crains ces gens sans foi ni loi.

Je te connais mieux que personne.

Et je les connais mieux que toi .

Ce sont des péclieurs en eau trouble ; Ils tendent leur ligne au poisson , Et mettent une amorce double De compliments à l'hameçon.

« Vois-tu , nous autres hommes.

Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien , Victoire , Que tu ne vas pas croire Ce qife te disent tes flatteurs.

« Je rends justice à ton mérite ; Mais si tu parais écouter Leur petit jargon hypocrite , Ils sont capables de vanter Ta douce voix , quand elle est aigre , Tes cheveux longs, quand tu les perds.

Ton bras dodu , quand il est maigre , Et tes yeux bleus, quand ils sont verts.

a Vois-tu, nous autres hommes.

Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien , Victoire ,

Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs.

a Tu n*es pas plus sotte qu'une autre ,

Et tu les vois venir d'ici :

Le bien qu'ils veulent , c'est le nôtre.

Tu souris, tu comprends : merci.

Tu connais maintenant leurs fraudes ;

Tu sais que , femmes et maris ,

Ils font de tout des {jorg^es chaudes ,

Sitôt que le poisson est pris.

«Vois-tu, nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs.

J'espère bien, Victoire, Que tu ne vas pas croire Ce que te disent tes flatteurs. »

Tel est le nouveau thermomètre Qu'éprouve avec ou sans succès Un mari bien digne de l'être.

Qu'en adviendra-t-il? Je ne sais.

On attend , pour régler sa montre , Que l'heure ait sonné par ici.

Les uns sont pour, les autres contre.

Veut-on mon avis? Le voici :

C'est que, nous autres hommes, Voilà ce que nous sommes , Tous autant de menteurs ; Et madame Victoire N'a jamais paru croire Ni son mari , ni ses flatteurs.

LORSQUE JAIMAIS.

Lorsque j'aimais, lorsque j*aiinais. . .

O le bon temps , 6 la jeunesse , Vous qui ne reviendrez jamais, Vous fuyez de quelle vitesse !

Ai-je bien employé ces jours Si regrettés et si rapides?

Non ; quelque amertume toujours Arrive à nos lèvres avides.

Nous avons besoin de souffrir Les maux que chaque jour apporte , Et nous ne savons pas ouvrir Quand le bonheur frappe à la porte.

Le bonheur, espoir des humains.

Si fragile et si dérisoire, Que , le tenant dans les deux mains , Nous ne pouvons encore y croire.

Mais je n'ai jamais regretté Mes angoisses ni mes alarmes, Et pour ma première gaité Je n'aurais pas donné mes larmes.

Ceux-là seuls peuvent être heureux (Et ceux-là ne sont pas des nôtres) Qui trouvent leur plaisir en eux Et ne souffrent pas dans les autres.

:î66 GUSTAVE NADAUD.

Dans l(f livre , bientôt fermé , Où nous écrivons notre histoire , Le temps où nous avons aimé Laissera seul une mémoire.

Dirai-je que ce temps a fui?

Non; le jour succède à l'aurore.

C'était hier, c'est aujourd'hui , Et ce sera demain encore;

Car l'amour vrai n'est destiné Qu'à ceux qui peuvent le comprendre , Et quand le cœur s'est bien donné, Il ne saurait plus se reprendre?

L ALCYOX.

Ainsi qu'une onde tourmentée, Notre existence est emportée Par un invincible courant.

Trouverons-nous une retraite Où notre navire s'arrête Dans le remous de ce torrent?

Nous voulions garder une trace De toute chose ayant sa place Dans le cœur ou dans la raison ; Mais les souvenirs du voyage , Avec les arbres du rivage, Sont déjà loin à l'horizon.

Dans l'espace étroit de son orbe , Le moment présent nous absorbe; Nos jours s'écoulent confondus , Semblables aux flots qui se brisent.

S'amoncellent et se détruisent, Pour se redresser éperdus.

Si du moins, dans notre impuissance, Dieu nous accordait la licence D'imiter l'alcyon des mers , Qui, sans effroi de la tourmente, Établit sa maison flottante A la cime des flots amers !

Alors , on dit que la tempête ,

Qui des grands mâts couche la tête.

Ne peut submerger le roseau

Où dort la paisible couvée

Sur le sein des eaux soulevée ,

Gomme Moïse en son berceau.

Pourquoi ne peut-on pas, de même, Trouver au pays où Ton aime Cet esquif léger et mouvant Qui vogue sans voile ni rame.

Qui se plie au choc de la lame Et se courbe au souffle du vent?

Ainsi , sur l'océan du monde , Nous livrerions au gré de l'onde Le nid de mousse et de velours Où seraient mollement bercées Nos plus attachantes pensées , Nos amitiés et nos amours.

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